Quand devenir parent rime avec appauvrissement

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30 Août 2022 par Migaelle Geoffrion
Catégories : Famille / MSN / Véro-Article
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Quand la recherche d'une place en garderie mène à la précarité financière. Témoignage de notre collaboratrice.

La semaine dernière, j’ai reçu mon dernier paiement du RQAP. Bébé a 10 mois. Comme beaucoup, nous ne sommes pas parvenus à trouver un milieu de garde pour notre poupon. J’ai su que j’étais enceinte le 28 décembre 2020. Bébé est inscrit sur la liste d’attente de 20 milieux de garde différents depuis le 29 décembre 2020. Aucun d’entre eux n’a de place pour septembre 2022. Nous épluchons régulièrement les sites web regroupant les milieux de garde subventionnés comme privés. Rien dans notre secteur. Pour trouver des places disponibles, il faut aller à 45 minutes de la maison et encore là, il ne faut pas être trop sélectifs, car plusieurs parents convoitent la même place que nous.

Devant cette course vaine pour une place en garderie, nous avons décidé de nous serrer la ceinture et vivre avec un seul salaire pour les prochains mois. De tous les scénarios possibles, jamais je n’aurais imaginé qu’un manque de place en garderie mènerait notre famille vers la précarité financière. Un congédiement, un accident de travail ou la maladie me paraissaient beaucoup plus plausibles.

Au Québec actuellement, il y a 50 000 enfants en attente d’une place en garderie. Si l’on prend quelques minutes pour réfléchir, cela signifie que 50 000 adultes doivent s’occuper de ces poupons à temps plein. Ces salaires non versés signifient moins d’impôts perçus par l’état et moins d’achats locaux pour ces familles. Entre la petite librairie du quartier et le géant des bas prix, le choix est évident lorsque tu roules avec un seul salaire. Le problème des uns devient vite le problème de tout le monde. Et je ne parle même pas de ces familles monoparentales qui n’auront d’autre choix que de se reposer sur l’état pour mettre du pain sur leur table.

Pour une grande majorité des ménages, c’est la mère qui demeure à la maison avec bébé durant le congé parental. Par la suite, plusieurs employeurs permettent une année sans solde sans pénalité. C’est donc plus souvent maman qui reste à la maison à ses frais une fois le RQAP terminé. Le manque de place en garderie creuse encore une fois le fossé entre l’homme et la femme d’un point de vue financier. L’appauvrissement des femmes et la vulnérabilité financière de celles-ci ne font qu’augmenter avec cette pénurie.

Un OBNL dénonçant l’impact du manque de place en garderie se fait de plus en plus entendre dans les médias depuis un an: Ma Place au Travail. Cherchant à exposer l’impact de la pénurie sur les sphères personnelles, professionnelles et financières des parents, Ma Place au Travail milite actuellement pour obtenir du gouvernement une aide financière d’urgence pour les familles affectées par la pénurie de place. Leurs actions n’ont cependant pas encore permis de déblocage de fonds publics à cet effet.

D’ici à ce que nous trouvions un milieu de garde à notre coco, nous ferons ce que bien des familles font; nous couperons dans les loisirs, privilégierons les achats de seconde main ou dans les grandes surfaces et nous nous concentrerons sur l’essentiel pour passer au travers des prochains mois.

Faites des enfants, qu’ils disent, mais encore faut-il qu’ils aient leur place.

 

En couple avec une Maman2, Migaelle Geoffrion jongle entre la garde partagée des ainés et le congé de maternité du p’tit dernier. Elle nous partage les histoires et les questionnements du quotidien de sa famille homoparentale.

 

Photo principale : Guido Mieth Getty Images

 

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