Tu peux partir, maman.

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21 Nov 2022 par Michèle Beauchamp
Catégories : Famille / MSN / Véro-Article
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Dans un témoignage touchant, notre collaboratrice rend hommage à sa maman et nous partage les derniers moments de sa vie.

Maman, c’était mon Roc de Gibraltar!  Peu importe ce qui m’arrivait, un mauvais rêve, une vilaine blessure, la crainte de ne pas réussir un examen…maman était toujours là pour me consoler, me rassurer.

Tout comme moi, maman aimait l’école. Il faut dire qu’elle réussissait avec brio. Bien qu’à l’époque, le choix des métiers était plus restreint qu’aujourd’hui, elle avait trouvé celui qu’elle voulait exercer : secrétaire pour un cabinet d’avocats. Toutefois, son papa n’approuvait pas son choix. À ses yeux, celui-ci comportait des risques de… dévergondage. S’il avait possédé une boule de cristal, peut-être se serait-il ravisé.

Ma mère a ainsi jeté son dévolu sur l’industrie de la fourrure au sein de laquelle elle a œuvré pendant de nombreuses années. En réalité, 45 ans à tailler, à coudre, à s’abîmer la vue et, la plupart du temps, penchée sur son ouvrage, dans une position nullement ergonomique. Ce travail manuel était loin d’être facile; à la longue, ce travail manuel use.

Courageuse, énergique, déterminée : voilà comment je décrivais ma mère. Ce que j’ignorais, en revanche, c’était que son petit cœur, au fil des ans, s’effritait peu à peu. D’ailleurs, elle-même en a fait la découverte sur le tard; trop tard en fait pour que l’on puisse ralentir le processus de la maladie qui la rongeait. Lorsque je lui demandais si tout allait bien, elle me répondait par l’affirmative, attribuant sa fatigue à son âge. Ayant toujours voulu m’épargner des inquiétudes, elle préférait garder le silence sur sa condition.

Et puis un jour, on a dû appeler l’ambulance. Encore une fois, elle prétextait que ce n’était qu’une faiblesse passagère, mais nous ne pouvions plus fermer les yeux. Suite à la consultation avec le médecin, il nous a fallu la convaincre de se faire opérer, et ce, sans même obtenir de garantie qu’elle survivrait à cette opération.

Elle a survécu. Cependant, après deux autres interventions chirurgicales en 24 heures, j’ai dû sommer le personnel infirmier de cesser de s’acharner sur maman. Jamais, jamais elle n’aurait accepté cela. Et même si maman était tombée dans un coma, j’étais persuadée qu’elle souffrait. Ma mère avait le cœur usé non seulement par son travail, mais également par les nombreux soucis de sa vie auxquels elle a dû faire face.

Un certain matin de mai, je me suis rendue à l’hôpital sachant que c’était le dernier jour où je verrais maman vivante. Mon frère et moi avons passé une heure tout au plus à son chevet. Nous nous sommes remémoré des anecdotes drôles, des événements moins heureux en lui parlant…te souviens-tu maman de la fois…On pleurait, on riait aussi à travers nos larmes. Surtout, on ne voulait pas lâcher ses mains; moi la droite, mon frère, la gauche. Et puis est venu le moment de la laisser partir…elle avait déjà trop souffert. Soudain, la ligne est devenue horizontale et muette. À cet instant précis, j’ai eu l’impression de lui donner un brin de paix…enfin.

Trois jours plus tard, on enterrait maman. Le jour d’après, c’était la fête des Mères

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  1. Lecours L-Diane dit :

    Touchant ! Une page de vie difficile à partager mais que Michèle réussi toujours à partager avec brio.
    Merci 🙂

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