Bien dans nos baskets!

12 Avr 2021 par Sophie St-Laurent
Catégories : Mode / MSN
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Sneakers, running, tennis, pompes: autant de synonymes pour parler de l’article mode le plus branché du début du 21e siècle!

Finie l’époque où seules les sportives en portaient. Chausser des chaussures de sport partout (et avec tout!) confirme qu’on est vraiment dans le coup.

Selon l’Office québécois de la langue française, les baskets sont des «chaussures décontractées, généra­lement faites de matériaux synthé­tiques, à la semelle adhérente et sans talon, que l’on porte pour le sport, les loisirs de plein air ou la détente». Or, cette définition devra nécessairement être mise à jour, car les chaussures conçues pour la pratique sportive ont été détournées de leur fonction première pour s’inscrire dans notre quotidien actif. Si bien que les sneakers nous accompagnent partout et sont plus que jamais un must dans notre garde-robe.

Un modèle en canevas à tige haute? Des tennis épurées en cuir immaculé? Des sneakers vintage revisités avec des couleurs toniques? Des pompes ergonomiques à semelles robustes? Avouons qu’il n’est pas rare de choisir notre tenue en fonction du modèle qui nous fait de l’œil le matin. Parce qu’aujourd’hui, nous sommes nombreuses à posséder plus qu’une paire de baskets… ou à en avoir tellement qu’on ne sait plus où les ranger! C’est le cas de la Montréalaise Kelly St-­Pierre, alias DJ Kelly, une véritable accro. «Je me définis plus comme une aficionado que comme une sneakerhead, parce que je porte chaque modèle que j’achète et que je ne les collectionne pas pour les revendre», nuance celle qui admet avoir eu la piqûre pour les sneakers à la fin de son adolescence, en apercevant les futuristes Air Max 97 de Nike sur la page couverture d’un magazine. «J’ai environ 100 paires de baskets et je les aime toutes. Je fais des rotations dans mes stocks et je sélectionne des lots de 32 paires que je laisse dans mon entrée pendant quelques mois pour les porter chacune à son tour!»

On n’a pas toutes l’inventaire de DJ Kelly, mais si on en croit le portail Statista, les ventes de chaussures athlétiques féminines se portent extrêmement bien et auraient atteint les 110 millions de dollars au Canada durant le premier trimestre de 2020. Selon un rapport publié par StockX, une plateforme Web de revente de sneakers (et autres articles) convoités, les ventes de baskets pour femmes ont progressé de 300 % sur le site au cours de la dernière année. L’entreprise spécialisée annonce même qu’elle vend maintenant toutes les quatre heures le même nombre de chaussures féminines exclusives qu’elle a vendu durant toute l’année 2016!

Pas étonnant, donc, que les gros noms de l’industrie misent sur les femmes comme principale source de croissance pour la prochaine décennie. «Le marché était typiquement très masculin dans le passé. Maintenant, les femmes contribuent de plus en plus à l’effervescence de la culture sneakers, non seulement comme consommatrices, mais aussi au niveau de la création… et ça fait du bien!», fait remarquer Kelly St­-Pierre en citant les collaborations récentes du géant Nike avec des créatrices en vue comme Yoon Ahn, d’Ambush, et Chitose Abe, de Sacai, pour des séries exclusives.

CHAUSSÉE POUR LA VRAIE VIE

Ce n’est une surprise pour personne d’apprendre que la forte demande récente pour les baskets est propulsée par la pandémie. Selon la firme Euromonitor, l’athleisure (contraction des mots athletic et leisure, qui signifie loisir), une tendance dominante en 2020, est attribuable en partie au télétravail généralisé. On jumelle à ce facteur l’enthousiasme global pour un mode de vie sain incluant la pratique du sport et on obtient le cocktail parfait pour faire exploser ce segment du marché!

D’après Claudine Grondin, acheteuse pour Altitude Sports, on se procure des sneakers d’abord pour leur look, et on les porte au boulot, à l’école, dans les activités quotidiennes, mais pas forcément pour s’entraîner ni pour pratiquer un sport de performance. Kelly St­-Pierre le confirme: «Aucune de mes paires de sneakers n’a été achetée pour remplir son mandat premier!»

Voilà pourquoi le segment des chaussures sport urbaines connaît un essor fulgurant depuis quelques années, à tel point que le détaillant Altitude Sports y consacre maintenant une section spéciale sur son site Web. «Nous proposions déjà des running “techniques”, mentionne Claudine. Développer le créneau style de vie urbain s’est fait de façon organique et ça s’avère une bonne décision, puisque cette catégorie performe très bien… Finalement, comme consommatrices, on n’a jamais assez de sneakers! On peut acheter trois modèles blancs et obtenir trois looks distincts, car chaque marque a son propre ADN.»

UN PAS DANS LA BONNE DIRECTION

D’accord, mais porter des baskets en ville, ça ne date quand même pas d’hier. Déjà, dans les années 1980, les working girls enfilaient des chaussures de course avec leur tailleur pour aller au boulot et en revenir avec aisance. Quarante ans plus tard, on les chausse encore volontiers avec notre tailleur oversized (ou même, depuis peu, avec une robe froufroutante!), mais la grande différence réside dans le fait qu’on ne troque plus nos baskets contre des escarpins une fois arrivée au travail. L’idée de planquer nos pompes sous le bureau pour se plier aux exigences d’un code vestimentaire désuet est désormais totalement révolue. N’a­-t-­on pas déjà fait mille fois la preuve que des baskets cools bien agencées à une tenue recherchée font rimer style, audace et confort?

Parce qu’elle est bel et bien finie, l’époque où on devait prouver nos compétences juchées sur des talons aiguilles. On ne remerciera jamais assez les femmes d’influence qui ont habilement fait entrer les baskets dans des lieux autrefois interdits: du C.A. au sénat, des passerelles jusqu’aux tapis rouges! À commencer par Kamala Harris, la vice-­présidente des États-­Unis, qui a pratiquement couru d’un État à l’autre pendant le marathon de la campagne présidentielle – et qui est même apparue en janvier dernier sur la page couverture du Vogue – chaussée de ses Chuck Taylor All Star de Converse préférés. On se souvient aussi de Serena Williams qui, en 2019, a assisté au gala annuel du Met à New York vêtue d’une robe de soirée Versace avec aux pieds des sneakers Off­White x Air Force 1 de Nike jaune fluo. Ces exemples récents démontrent que les baskets ont leur place partout, incluant les milieux conservateurs et les soirées guindées.

Fred Dorval, directeur des ventes canadiennes pour la compagnie New Balance, œuvre dans l’industrie depuis plus de 20 ans. «Au fil du temps, dit­-il, j’ai été témoin de l’évolution de la place des femmes sur le marché du travail. À mon avis, la démocratisation des sneakers pour elles est juste la suite logique des choses.» Ces chaussures autrefois purement utilitaires sont devenues des accessoires mode à part entière qui nous procurent plus de liberté. Des escarpins quand on en a envie, des ballerines ou des flâneurs si le cœur nous en dit, et des baskets pour être au zénith du confort. Les sneakers permettent même de décoincer nos tenues tout en symbolisant qu’on est prête pour l’action. Et franchement, n’est­-ce pas ce qu’on veut au quotidien?

C’EST LE PIED!

Ça, les maisons de mode l’ont bien compris et elles veulent aussi leur part du gâteau. Prada, Balenciaga, Givenchy, Gucci et compagnie proposent toutes des sneakers dans leurs collections et font parfois même des collaborations éphémères avec les géants du sport, comme Adidas ou Nike. La frontière entre le sport et la mode s’amincit et donne lieu à de luxueux modèles hybrides, comme le Jordan 1 Retro High de Dior, un gros hit de l’été 2020, qui se transige maintenant à 10 000 $ sur StockX.

Parmi les autres tendances nichées, citons les véritables légendes du sport qui font une enjambée dans le futur. C’est le cas du 990 de New Balance. Un modèle «porté par des mannequins à Londres et par des pères en Ohio», parfait avec un short cycliste et une veste extralarge ou avec une mignonne robe à volants. «C’est le dad shoe par excellence, ajoute Fred Dorval. L’engouement pour ce modèle traditionnel – initialement conçu pour la course à pied – auprès des influenceuses et des jeunes branchées nous a un peu pris par surprise, car nous n’avons jamais arrêté de le produire depuis presque 40 ans. C’est difficile d’expliquer cette frénésie. Parfois, c’est juste dans l’air du temps ou alors c’est le résultat du flair de certains détaillants avant-garde qui remettent au goût du jour d’anciens modèles. Quoiqu’il en soit, cette chaussure a bien vieilli et elle est toujours aussi confortable.»

Autre tendance à surveiller? Les sneakers écoresponsables fabriqués avec des matières renouvelables ou recyclées, ou encore avec des cuirs moins toxiques pour l’environnement. Kelly St­-Pierre convoite justement les avant-gardistes Space Hippie 04 de Nike, créés à partir de déchets d’usine: «Les innovations durables sont maintenant un de mes critères d’achat. C’est encore mieux si ça donne des baskets technos, légères et attrayantes!»

Écolo dans l’âme depuis toujours, la designer anglaise Stella McCartney revisite les populaires Ultraboost d’Adidas. Sa version est confectionnée dans un matériau recyclé haute performance, contenant au moins 50 % de plastique récupéré des océans. Cette innovation s’inscrit dans l’objectif du fabricant allemand de ne plus utiliser de polyester vierge d’ici trois ans. Si les gros joueurs de l’industrie s’y mettent peu à peu, ce sont parfois des petits fabricants qui causent la surprise. À cet égard, Claudine Grondin mentionne le succès viral de Veja, une marque française fondée en 2005, qu’on voit partout sur les réseaux sociaux. «Cette entreprise de baskets éthiques et écolos ne fournit pas à la demande pour ses chaussures minimalistes.» Comme quoi se chausser avec conscience sera bientôt la norme.

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Photos: Trunk archive (sneakers), Getty image (Serena Williams)



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