Découverte par Véro: Kathleen Côté

05 Août 2016 par Véronique Cloutier
Catégories : Oser être soi
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Pour ce portrait de femme inspirante, Véro s'entretient avec Kathleen Côté, la fée féminité.

À l’ultime étape de la reconstruction d’un sein, certaines femmes optent pour la dermopigmentation de l’aréole. Cette technique, qui consiste à se faire tatouer un mamelon, est rarement prise en charge par le médecin et elle se révèle coûteuse. Pour Kathleen Côté, il est temps que ça change!

Véro Kathleen, vous faites la coloration des mamelons pour les femmes qui ont eu un cancer et subi l’ablation puis la reconstruction d’un ou des deux seins. C’est un aspect auquel on pense peu tant qu’on n’est pas confrontée à la réalité. Comment en êtes-vous arrivée à pratiquer ce métier?

Kathleen Plus jeune, j’ai vu à la télévision une femme à qui on avait redessiné des sourcils parce que les siens avaient été brûlés. Plus tard, j’ai entendu parler de maquillage permanent. Je me maquillais et je faisais déjà mes sourcils, alors ça m’intéressait. À partir du moment où j’ai découvert ce que c’était, j’ai compris que je voulais faire ça.

Véro C’était déjà une passion à ce moment-là?

Kathleen Oui, j’avais ça en moi. Un jour, alors que je m’étais fait tatouer les lèvres et qu’elles étaient encore toutes enflées, un collègue qui s’inquiétait de ce qu’il m’était arrivé m’a dit qu’il avait vu dans une revue d’esthétique une publicité pour un cours de maquillage permanent. Ça m’a mis la puce à l’oreille, même si je me disais que c’était trop cher et que je ne pourrais pas occuper deux emplois une fois mon cours terminé.

Véro Vous avez donc deux emplois?

Kathleen Oui, la fin de semaine, je suis opératrice de machine dans une usine. L’argent gagné par mon travail m’a aidée à lancer mon entreprise.

Véro C’est fascinant de voir ces deux côtés complètement opposés de votre personnalité.

Kathleen Ça me garde les deux pieds sur terre. Un de mes métiers est plus physique, l’autre est plus psychologique. Comme technicienne en micropigmentation, mon travail est de rassurer les gens et de les mettre à l’aise quand ils sont nerveux. La notion de «permanence» leur fait peur.

Véro Depuis combien d’années faites-vous les deux métiers?

Kathleen Depuis 2007. J’ai d’abord suivi le cours de maquillage permanent, puis un an après, le cours de pigmentation. Ce que j’ai moins aimé de ma formation, c’est lorsque les enseignants ont parlé qu’on pouvait faire beaucoup d’argent avec le tatouage de l’aréole du sein. Je n’étais pas d’accord avec le principe. Encore plus quand j’ai commencé à le faire et que j’ai réalisé qu’il y avait une histoire derrière chaque femme.

Véro Effectivement. Quand on se bat contre un cancer du sein et qu’on doit subir des traitements, on arrête de travailler. En plus de la perte financière et de la souffrance, autant physique que psychologique, il y a le stress pour nos proches; certaines femmes, malheureusement, se séparent. Quand on essaie de se refaire une vie et une santé, et qu’en plus il faut débourser pour tenter de retrouver un peu de sa féminité, c’est vrai que c’est injuste.

Kathleen J’ai vite réalisé que, le plus souvent, les femmes n’avaient pas les moyens de se permettre la coloration de l’aréole après une reconstruction du sein. C’est pourquoi j’ai décidé de d’agir. Quand on aime son métier on veut donner sans rien attendre en retour, simplement parce qu’on est content de le faire. J’ai fixé le prix à 250 $ par aréole, peu importe le diamètre du tatouage, alors que le coût est d’environ 1 000 $ chacune. Je voulais faire connaître mes services, mais les associations pour le cancer m’ont répondu qu’elles ne faisaient pas de promotion. J’ai aussi entrepris plusieurs démarches auprès des médecins, j’ai monté mon site Web, que j’ai repensé quand j’ai réalisé que les gens ne lisaient pas.

Véro C’est visiblement quelque chose qui vous tient à cœur parce que vous y mettez beaucoup d’efforts en plus de rendre la procédure accessible. Comment réagissent les femmes qui y ont recours?

Kathleen Elles sont un peu craintives. J’ai un grand miroir dans mon bureau. Quand elles se regardent pour la première fois, elles sont souvent estomaquées, leurs yeux brillent et elles se sentent bien. Ma sœur et ma meilleure amie sont toutes deux mortes d’un cancer. Je sais par quoi sont passées les femmes qui viennent me voir; j’y suis sensibilisée. C’est aussi pour cette raison que je le fais.

Véro Parce que vous l’avez vécu de près, vous voulez faire une différence dans la vie de ces femmes. Expliquez-moi comment se passe la procédure.

Kathleen La consultation se d’abord par téléphone. Quand on m’appelle pour le tatouage d’une aréole, j’explique à la cliente les différentes étapes et je lui donne un rendez-vous. La cliente doit apporter un vieux soutien-gorge, parce que j’applique un corps gras sur le tatouage à la fin de chaque séance. Deux visites suffisent en moyenne, mais il y a bien sûr des exceptions. Ça dépend du type de reconstruction. C’est plus difficile quand il y a un seul sein.

Véro Parce que vous devez vous ajuster à l’autre?

Kathleen L’injection de pigments ne permet pas toujours d’arriver à une coloration identique à celle de l’autre aréole. On ne peut le garantir, pour la simple et bonne raison que les médicaments peuvent provoquer le rejet de la pigmentation. Le rejet est plus dominant chez certaines, elles doivent revenir plus souvent, mais ça ne change pas les coûts. Il s’écoule souvent quatre ou cinq ans entre l’annonce du cancer et la reconstruction du sein. Quand les femmes viennent me voir pour la coloration, c’est comme la «cerise sur le gâteau». J’ai la meilleure profession! Les médecins sont là pour sauver des femmes, moi je suis là pour leur redonner leur féminité.

Véro Ce que vous faites n’est pas couvert par le gouvernement. Ça pourrait être considéré comme de la coquetterie, mais dans le fond, non, les femmes qui passent par là cherchent simplement à être «normales».

Kathleen Mon travail n’est pas couvert par la majorité des assurances. Le gouvernement voudrait que ce soient les médecins qui se chargent de la coloration, mais peu le font. Ils sont payés pour sauver des vies, pas pour pigmenter des mamelons. Deux techniciennes qui travaillaient dans un centre de soins postcancer pour femmes ont suivi leurs cours de pigmentation en même temps que moi. Elles avaient été payées par le centre, qui est à l’extérieur de la province, pour être formées et ne faire que ça par la suite. Les femmes qui sont traitées au centre n’ont rien à débourser. Ce serait formidable si on faisait quelque chose de semblable au Québec. Mais peu importe, je continue. Le cancer du sein est un moment difficile dans la vie d’une femme et on ne sait jamais à qui ça peut arriver. Je préfère rendre 100 d’entre elles heureuses plutôt que 10. Autant le dire, c’est moins payant, mais je suis 100 fois récompensée.

Véro C’est plus valorisant, effectivement. J’espère que les choses vont changer, mais en attendant, c’est une chance que les femmes puissent compter sur quelqu’un comme vous. C’est important d’en parler, de savoir que ça existe et même amener d’autres femmes à s’intéresser à ce métier. Merci du temps que vous avez pris pour nous parler.

Cliquez ici pour en savoir davantage sur la dermopigmentation ou sur le maquillage permanent, ou pour prendre rendez-vous avec Kathleen Côté, ou composez le 514 907-0778.

Photo: Pierre Manning (Shoot Studio)

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