Rencontre avec Geneviève Schmidt: magnifique et vraie

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09 Juil 2019 par Manon Chevalier
Catégories : Oser être soi
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Son jeu instinctif, sensible et sincère lui vaut de briller dans chacun de ses rôles. Elle nous le prouvera une fois encore dans Menteur, le film tant attendu de l’été, avant de nous éblouir par sa virtuosité tout au long de l’année.

Elle a d’immenses yeux bleu azur, ultrasensibles à la lumière comme au vent, un naturel désarmant et un nom de sept lettres contenant une seule voyelle. Elle a le cœur sur la main et un incroyable sens du punch, mais elle se tait souvent pour mieux observer le monde qui l’entoure. Elle a un pied-à-terre au centre-ville de Montréal et une maison à la campagne, pourtant elle n’a «pas vu les étés passer depuis quatre ans». Magasineuse impénitente et accro aux sites immobiliers «pour y flairer la bonne affaire», elle tient à déposer ses chèques à la banque, «parce qu’il y a une madame derrière le guichet». Et elle avoue «mettre une touch de salade crémeuse dans sa traditionnelle, quand elle se “sent wild”.» Attachante, vous dites?

C’est ce qui me frappe alors qu’on discute joyeusement autour d’un café dans le salon feutré de son agent, durant une de ses trop rares journées de congé. C’est qu’elle tourne non- stop, celle que le grand public a découverte dans la peau de Jessica Poirier, la détenue si fragile d’Unité 9.

C’était le 29 octobre 2013. Une mère effrayée et mutique, dont on ne connaissait pas le lourd secret, franchissait la porte de Lietteville… en s’urinant dessus. «Quand j’ai accepté le rôle, Fabienne [Larouche, la productrice] m’a avertie: “Personne ne pardonne l’infanticide!”» D’autres lui ont prédit qu’elle se ferait couvrir d’insultes, voire trucider sur les réseaux sociaux. Le pari était risqué. Mais Geneviève Schmidt a plongé tête baissée, et tout donné à son personnage controversé. Résultat: son interprétation à fleur de peau lui a valu la sympathie unanime des fans de la télésérie. «C’est fou comme les gens l’ont acceptée et ont aimé pleurer sa peine!» s’étonne-t-elle encore aujourd’hui, en soulignant combien ce personnage l’a marquée. «Son drame, je ne le connaissais pas, mais j’y ai beaucoup réfléchi. Je n’ai pas d’enfant, mais ça ne change rien. Si le public y a cru, c’est l’essentiel. Pour moi, dit-elle doucement, c’est la sincérité qui compte le plus.»

Une sincérité qui, depuis, ne cesse d’imprégner tant ses prestations déchirantes qu’hilarantes. Une preuve? «L’autre jour, évoque-t-elle avec verve, j’étais dans un magasin quand deux femmes sont venues vers moi. “Vous me faites tellement pleurer!” m’a dit la mère. “Ben noooon, elle me fait tellement rire!” a insisté sa fille. “Voyons donc, y a rien qu’elle pour nous faire brailler autant!” Je te dis, les deux s’obstinaient. J’ai aimé ça! Être inclassable, c’est ce que je veux!» se réjouit-elle. «Propose-moi un film loufoque ou tragique: je suis game! J’ai pas de censure. Je me sens libre dans mon corps. Que je sois moins belle sur un plan m’importe peu. J’ai fait quatre ans d’école de théâtre pour jouer. Pas pour être cute, mais pour être vraie!» Voilà, c’est dit.

Un cas rare

La quarantaine rayonnante – impossible de lui donner un âge, tant son visage a encore la fraîcheur de l’enfance –, la comédienne a toujours baigné dans les arts de la scène. Comme ses parents, Jacques et Louise, dirigeaient le Théâtre des Cascades, en Montérégie, elle a connu intimement les coulisses avant de se tourner vers la production et de faire de la tournée durant sa vingtaine. Attirée par le jeu, elle a 30 ans lorsqu’elle sort de l’École nationale de théâtre du Canada. «À mon âge, j’étais un cas!», lance-t-elle en racontant comment on lui a proposé une place parmi les dix fort convoitées au pays, alors qu’elle donne la réplique à une amie. «Qu’on t’invite à l’École, ça n’arrive jamais. J’étais encore plus un cas! Pourtant, confesse- t-elle, j’ai souvent hésité entre l’envie de devenir productrice ou metteure en scène pendant ma formation. Puis, chaque fois, quelqu’un me ramenait au jeu. C’était mon destin!»

Et que dire des critiques si élogieuses qu’elle a reçues dès ses premiers pas sur les planches, en 2009? «On ne voit qu’elle!»; «Elle possède un talent comique hors du commun!»; «Elle vole la vedette!»… et j’en passe. Curieusement, elle n’osait pas en prendre connaissance. «Par insécurité, je suppose. Mais ma mère, qui les découpait dans le journal, me disait: “Gen, tu peux les lire…” Encore aujourd’hui, j’ai du mal à croire à mon succès. Je ne le vois pas!», laisse tomber celle qui s’est épanouie sous la direction des René-Richard Cyr, Serge Denoncourt, Denise Filiatrault et Mani Soleymanlou. «Le théâtre, c’est là où je me sens bien. Où le temps s’arrête. J’aime les coulisses, la fébrilité avant que les spectateurs arrivent dans la salle. J’avais ce feeling-là à six ans. Je l’ai encore. Et sur scène, rien ne peut me déstabiliser. Je suis à la maison.»

Ce qui ne l’empêche pas de faire le saut au petit écran, dès 2013, dans l’émission à sketches Et si?, puis d’enchaîner les apparitions, notamment dans Ces gars-là, Les beaux malaises, Mensonges et Lâcher prise. Sans oublier Les magnifiques, où elle multiplie les prestations irrévérencieuses avec une incroyable drôlerie, chaque jeudi soir, à ICI Radio-Canada Télé. À la rentrée, elle renouera avec son personnage d’«avocate cérébrale» dans Ruptures et, dans un tout autre registre, avec celui «pissant, de la chef Rockette», dans la télésérie jeunesse Les Sapiens, ainsi qu’avec celui de «la mère écorchée» dans L’échappée. Et quoi encore? Au printemps 2020, elle sera la directrice des communications de La maison bleue, une télésérie à saveur politique qui promet.

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Et au grand écran?

Son sens du comique a fait mouche notamment dans Il était une fois les Boys, Tripàtrois et La chute de l’empire américain. Parions qu’il le fera encore dans le très attendu Menteur, une comédie jouissive réalisée par Émile Gaudreault (De père en flic, De père en flic 2, Le vrai du faux). Elle y campera France Gauthier, la patronne de Simon (Louis-José Houde), un menteur compulsif qui devra, dans un flot de catastrophes farfelues, apprendreàdire la vérité. Déjà, la scène où Geneviève Schmidt se métamorphose en «gestionnaire pompette et un peu cochonne», en tailleur strict et talons hauts, s’annonce an-tho-lo-gi-que. «Pour moi, un costume, ça compte pour 50 % de [la composition de] mon personnage. Les vêtements et les chaussures parlent! J’espère qu’on va me trouver drôle, souhaite la principale intéressée. En postsynchro [pour doubler sa propre voix], je trouvais tellement que j’avais une face de clown! Je me suis fait rire… ce qui m’arrive rarement!»

Oser s’appartenir

Si on a l’impression de la voir partout, on n’a pas tort. Rien d’étonnantàce que l’artiste écrive sur sa page Facebook,àla veille de la nouvelle année: «2019, je te veux calme.» Ça n’a rien d’ésotérique, affirme-t-elle.«J’essaie seulement d’envoyer un message… 2018 a été chargée en émotions. J’ai apprivoisé le deuil de mon père [disparuàl’été 2017] et j’ai vécu une séparation amoureuse. J’ai connu un tourbillon professionnel. J’ai eu des embûches, j’ai continué d’avancer, mais j’ai manqué de temps pour moi… Je veux retrouver ma vraie nature. L’année 2019, je la veux pour moi.»

Une envie saine pour celle qui a accompagné son père sans relâche, pendant les huit ans où il a souffert de la maladie d’Alzheimer. «J’ai été sa fille et son aidante naturelle. Le terme ne me fait pas peur, au contraire. Aider, c’est prendre de son temps. C’est aimer d’une façon concrète. Même si cette dégénérescence est traître, j’ai apprisàl’accepter etàlui trouver un côté positif. Elle m’a valu de vivre avec lui les plus grands fous rires, les plus beaux voyages et d’échanger les plus douces confidences», évoque la cadette de trois enfants d’une famille très soudée. «Rien ne pouvait péter notre bulle d’amour. Notre papa nous a reconnus jusqu’à la fin», confie-t-elle, lumineuse. Mais pas question pour elle de s’apesantir. D’un naturel marrant – il faut l’entendre donner du piquantàl’anecdote la plus anodine –, la comédienne jure pourtant qu’elle n’est pas la plus «funny» du clan Schmidt. «Je suis la tranquille de la gang. Quand je me retrouve avec mes proches, je redeviens celle qui observe en parlant peu, comme quand j’étais enfant…»

D’où cette petite lueur d’inquiétude qui filtreàtravers son regard bleu. «Je l’ai toujours eue! Encore aujourd’hui, je suis tout le temps en train d’analyser!» Heureusement, le magasinage l’allège: «Y a rien de mieux que de faire bouger du linge sur des supports quand ca va moins bien. C’est une maudite bonne thérapie! Le monde peut bien dire “Mon Dieu que c’est superficiel!”, j’suis pas d’accord. J’peux me perdre pendant une heure et demie dans un magasin. Et quand il y a un morceau qui te parle, tu sais que tu vas passer un bel été!», tranche-t-elle en s’esclaffant.

Aujourd’hui, que voit-elle devant son reflet dans le miroir? «Je vois une fille qui a toujours écouté sa petite voix. Ça l’a rarement trompée. Je suis fière d’elle», dit-elle avant d’ajouter, en souriant: «Quand je me regarde, je me trouve belle. Je ne connais pas l’avenir, mais je sais que je serai dépassée par toutes les belles surprises qui m’attendent. Je me le souhaite!»

Que manque-t-il au tableau? Geneviève hésite. «L’amour, je dirais. Un complice en qui j’aurai confiance. Avec qui je pourrai rire et ressentir un grand bien-être. C’est un feeling que je n’ai pas connu souvent dans ma vie…» avoue celle qui se qualifie d’amoureuse «entière, empathique et généreuse». Des valeurs que lui ont inculqué ses parents et qui teintent aussi son approche de la vie. Car aimer, c’est aussi exprimer sa bienveillance et son engagement, comme en témoigne son rôle de porte-parole du Centre des femmes La Moisson, qui vient en aide aux femmes de Vaudreuil- Soulanges, où elle a grandi. «Beaucoup de femmes vivent de la violence, un épuisement ou une dépression. Je suis là pour leur donner le courage de cogneràla porte. Pour leur rappeler qu’elles peuvent trouver de l’aide. Personne n’est invulnérable, même si c’est l’image que la société voudrait qu’on donne…»

Or, Geneviève Schmidt ne triche pas. Ni dans la vie ni devant l’objectif. D’où la virtuosité de son jeu. «Je suis gâtée par mon métier. J’ai pu exprimer une grande gamme d’émotions. Mais je sais que je n’ai encore rien montré. Et que je peux aller encore plus loin…» Gen, tu peux compter sur nous: on sera toujours au rendez-vous.

SES ACTUS

On peut la voir dans Les magnifiques (ICI Radio-Canada Télé) et, après la sortie en salle de Menteur, le 10 juillet, la comédienne sera de retour cet automne dans Ruptures (ICI Radio-Canada Télé), L’échappée (TVA) et Les Sapiens (ICI Radio-Canada Télé et en ligne sur la Zone jeunesse). Elle sera également de la distribution de La maison bleue (ICI Tou.tv Extra), en mars 2020.

Photo: Andréanne Gauthier
Stylisme: Claude Laframboise

 



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  1. sylvie Pelletier dit :

    Un gros bravo Geneviève 😉. Hâte de te revoir tu es super bonne et simple a la fois , aussi hâte de tous vous voir au petit écran bonne été a toi xx

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