Ingrid St-Pierre: « Je rêve à hauteur d’homme »

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26 Oct 2020 par Ingrid St-Pierre
Catégories : Famille / Oser être soi
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Au fil des mois, depuis un peu plus d’un an, j’ai déposé bien humblement ici mes petites tranches de vie. Je vous ai raconté avec bonheur et sans pudeur des histoires de toutes sortes, souvent très intimes et très chères à mes yeux.

Celle-ci sera la dernière avant un petit bout de temps. Dans quelques jours, je m’en irai déposer une nouvelle histoire au monde. Cette fois-ci, ce ne sera pas la mienne. Ce sera l’histoire d’une petite fille qui grandira, qui s’inventera pas à pas. Une histoire douce et magnifique, je l’espère!

Tant de choses ont changé depuis les derniers mois, depuis cette pandémie. Mes certitudes, mes rêves, mes projets, mes doutes, mes perceptions. Tout est différent désormais. Je rêve de serrer ma famille et mes proches dans mes bras, je rêve de faire un spectacle devant public avec mes amis musiciens, je rêve simplement de me balader en liberté et partout, je rêve à hauteur d’homme.

La vie change. Les rêves changent aussi. Notre définition du luxe évolue. Je prends conscience de la fragilité d’un privilège. De la précarité d’une certitude. Quand tout fout le camp, quand disparaît tout ce qu’on croyait banal, accessible et intarissable, le vide est grand. Le minuscule et l’immense sont des concepts très relatifs; tout dépend de notre perception…

Je regarde le quotidien d’un autre œil maintenant. Je réalise à quel point j’avais de la chance de pouvoir serrer ma mère dans mes bras quand je le voulais, de pouvoir sortir faire des emplettes sans avoir peur, de regarder mon fils jouer dehors sans crainte et sans distanciation. Je réalise à quel point j’étais privilégiée.

Cette grossesse sur trame de pandémie, de solitudes confinées, de courbes statistiques, d’arcs-en-ciel placardés, d’âge d’or décimé, de baleine échouée, de slogans poignants scandés dans les rues, aura été haute en émotions, en questionnements, en doutes. Aujourd’hui, à l’aube d’un grand commencement, j’ai envie d’entrevoir la suite du monde.

Je dépose une autre vie sur cette terre secouée, mais je m’engage à donner le meilleur de ce que je suis pour que cette petite âme nouvelle devienne une grande alliée de l’humanité. Une féministe, travaillante, imaginative, reconnaissante des legs riches et inestimables de celles et ceux qui sont passés avant elle. Une alliée qui chérit et respecte les ressources naturelles qui l’entourent.

À mon tour, j’aimerais pouvoir lui promettre qu’elle n’aura jamais à porter, comme son papa, le poids des regards obliques, suspicieux et racistes chez elle au Québec et partout dans le monde. J’aimerais pouvoir lui promettre qu’en tant que petite fille issue de la diversité culturelle, elle saura se reconnaître dans le paysage télévisuel, culturel et médiatique qui l’entourera. Qu’elle se sentira en sécurité et protégée, quelle que soit la couleur de sa peau, quelles que soient ses origines. Je voudrais pouvoir lui jurer que le racisme n’existera plus. Que plus jamais personne ne changera de rangée à l’épicerie lorsque son papa s’y promènera, comme certains l’ont fait encore récemment.

Je voudrais pouvoir lui dire que la différence est inestimable et précieuse. Que son bagage culturel est riche et immense. Je voudrais pouvoir dire à ma fille qu’elle pourra être tout ce dont elle a envie: entrepreneure en construction, autrice engagée, préposée aux bénéficiaires, féministe revendicatrice… TOUT. Qu’elle ne sera jamais jugée en fonction de son poids, de son apparence physique ou de son orientation sexuelle. Qu’elle pourra garder la tête haute. Être libre. Et marcher dans ce monde doux, là où les gens s’unissent et restent debout devant l’adversité, devant les pandémies.

J’ai des rêves à hauteur d’homme. J’ouvre mon cœur et mes bras pour la suite du monde.

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