Kim Lévesque Lizotte : J’ai 12 ans, maman

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22 Juin 2022 par Kim Lévesque Lizotte
Catégories : MSN / Oser être soi / Psycho / Véro-Article
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Kim Lévesque Lizotte nous invite à accepter notre corps tel qu’il est, un cadeau à faire aux prochaines générations.

Ce que j’ai aimé dans le fait d’être enceinte, c’est que je me sentais bien en bikini. Je pouvais être assise sans me préoccuper de mon ventre, de mes hanches, des plis de mon corps. Juste être. La grossesse me faisait me sentir bien: j’avais la peau plus douce, le teint glowy, les cheveux brillants. Je trimballais ma grosse bedaine en me sentant libre d’être à moitié nue devant des gens, une liberté à laquelle je n’avais pas goûté depuis… mes 11 ans.

J’ai 12 ans. La puberté a embarqué.

Je suis très mince, sans courbes; mon seul complexe, c’est mes jambes poilues, que j’ai réussi à raser en cachette avec le rasoir de mon père. Ouf! J’ai trouvé la solution à un problème… quand je découvre de la cellulite sur mes cuisses. Je fais quoi avec ça? Y a-t-il une crème, parmi les cosmétiques de ma mère, que je pourrais appliquer en cachette? Dans les magazines, on m’indique que c’est parce que je mange trop de sel. Que dois-je maintenant faire? Boire plus d’eau? Courir, peut-être? J’ai 12 ans, j’ai pas envie de me mettre au jogging. Je veux encore bouger pour m’amuser. SVP, une autre année à danser, à courir et à nager juste pour le plaisir, sans avoir à me peser ou à me pincer les bourrelets, une année encore.

J’ai grandi de 10 cm en un an. Ça me fait de belles grandes jambes, comme celles de ma mère. De belles jambes que je devrai raser toute ma sainte vie, mais bon, ce sera ça. Ça me fait aussi des lignes sur les cuisses. Beaucoup de fines lignes très blanches. Des vergetures, déjà. Je pensais que ça venait avec les bébés, j’en ai seulement vu sur le ventre de ma mère. Comble de malheur, on me signale que ça ne disparaît pas, qu’il n’y a ni crème, ni antidote, ni traitement au laser qui existe pour ça. C’est là pour toujours.

Déjà, je change mon bas de bikini pour un short, afin de les cacher. Je ne veux pas qu’on me questionne sur mes hauts de cuisses zébrés, qu’on les voie, qu’on les pointe du doigt.

Déjà, je me demande qui va pouvoir m’aimer comme ça. Comment les garçons vont pouvoir me désirer. Plus je grandis, plus j’ai l’impression d’être envahie de laideur, qu’elle prend toute la place dans mon corps. [...] J’ai 12 ans. L’insouciance vient de me quitter.

Déjà, je me demande qui va pouvoir m’aimer comme ça. Comment les garçons vont pouvoir me désirer. Plus je grandis, plus j’ai l’impression d’être envahie de laideur, qu’elle prend toute la place dans mon corps. Je veux redevenir une enfant, filiforme, sans cellulite, sans vergetures, qui saute en bobettes dans la mer sans penser à son corps, à la honte reliée à celui-ci.

J’ai 12 ans. L’insouciance vient de me quitter.

Je sais très bien ce qu’est le privilège de la beauté et je suis consciente de ma chance de pouvoir cocher plusieurs des sévères critères physiques que la société exige des femmes. Malgré tout ça, quand j’étais adolescente – et encore aujourd’hui –, je me suis sentie comme la créature de Frankenstein.

De mon enfance, j’ai le souvenir précis de m’être roulée dans le sable en maillot avec mon amie Mélodie, sur une plage de Shediac, sans penser une seconde à ce qu’on pourrait penser de mon corps… une liberté jamais retrouvée depuis.

Et si on faisait l’effort de changer ça pour les prochaines générations? Et si on acceptait tous ensemble qu’un corps ça ne se compare pas, ça ne se commente pas, ça se prend comme c’est, ça se regarde dans son intégralité et ça ne se définit pas par des qualités ou des défauts? Et si on s’affirmait en affirmant que nos corps se prennent tels qu’ils sont, point final?

On épargnera peut-être à quelques personnes de se raser en cachette, de se cacher les cuisses, d’enfiler un t-shirt par-dessus le bikini, de se sentir inadéquates autour de la piscine. Et de passer à côté du plaisir de se baigner durant l’été avec les gens qu’on aime, ceux et celles qui nous trouvent belles… comme on est.

 

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