Kim Lévesque Lizotte : La méchanceté des femmes

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29 Août 2022 par Kim Lévesque Lizotte
Catégories : MSN / Oser être soi / Véro-Article
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Kim Lévesque Lizotte déplore la misogynie intériorisée qui nous habite, et nous incite à une plus grande solidarité entre femmes.

C’est un sujet tabou que j’aborde régulièrement et qui choque, même entre amies. Mais ça me paraît important de le faire, pour qu’on puisse être solidaires. Je vais essayer ici de faire la part des choses et d’expliquer l’origine de ces petites phrases qui s’insèrent bien dans des conversations de brunch le dimanche, avec désinvolture…

«Je ne suis pas féministe, les femmes ont été tellement plus méchantes avec moi que les hommes!»

«Mon problème au bureau, c’est les filles : ça se bitche et ça se plante des couteaux dans le dos à longueur de journée!»

«Sur les réseaux sociaux, rien de pire qu’une femme pour en rabaisser une autre!»

Concernant ces affirmations, il y a trois aspects que je veux aborder. De un, les hommes n’ont pas le monopole de la misogynie, et force est de constater qu’on vit dans une société misogyne, point. Cette société inclut les femmes. Nous sommes dures à notre propre égard, les hommes le sont aussi.

Ensuite, peut-être que nous sommes plus sensibles à cette violence féminine parce qu’elle nous surprend, car on attend des femmes qu’elles soient douces, pleines d’empathie, à l’écoute, bienveillantes, maternelles. Et qu’on accepte en général plus facilement la violence des hommes; elle n’est ni surprenante ni inattendue, même qu’on peut la justifier par des propos infantilisants comme «les hommes ne sont pas bons avec les émotions, ils manquent de mots; ça explique leur violence intériorisée»…

Et nous, notre violence intériorisée, elle vient d’où?

Peut-être du fait qu’on est éduquées pour plaire, pour se démarquer les unes des autres, et qu’on se fait valoriser quand on sort du lot, quand on est choisie, quand on est celle qui rayonne ou qui performe?

Peut-être du fait qu’on encourage les garçons à pratiquer des sports d’équipe, mais qu’on met les femmes en compétition les unes contre les autres?

Peut-être parce qu’on doit atteindre des standards de beauté tellement inaccessibles qu’on a du mal à se réjouir de la beauté d’une autre, dans un monde qui priorise et applaudit la jeunesse, la minceur, la peau lisse et le popotin rebondi?

Peut-être parce que c’est difficile de s’affirmer alors qu’on est facilement pointée du doigt si on tape sur la table, qu’on exige, qu’on impose?

J’ai entendu beaucoup de grandes femmes – des personnalités publiques, qui ont accompli de grandes choses –  affirmer qu’elles ne pouvaient pas se dire «féministes» parce qu’elles avaient été injustement traitées par des femmes. J’entends aussi souvent ces arguments de la part des hommes, comme si pour revendiquer l’égalité, la personne opprimée devait se montrer comme un être parfait et sans faille. Malheureusement pour vous qui abondez en ce sens, la femme – l’opprimée, l’indésirable, porte aussi en elle les failles, les défauts, la violence, le pire de l’humanité. Vous l’aurez lu ici, l’homme n’a pas le monopole de la laideur humaine.

Exiger la perfection et la vertu d’un groupe pour le considérer et lui accorder l’équité, c’est non seulement injuste, mais ça rend son émancipation et sa libération… impossible.

Malgré la violence de certaines femmes à mon égard, malgré tout le slut-shaming, le bashing, le rejet que j’ai pu subir des femmes dans ma vie, je retiens surtout qu’il y en a eu tellement d’autres qui m’ont aimée, soutenue, acceptée, sauvée. Je comprends d’où vient cette violence et je la pardonne parce que je connais la douleur de la misogynie intériorisée qui nous habite toutes. Des hommes aussi m’ont mal aimée, et je n’en aime pas moins les hommes. Je ne les généralise pas en les associant à un bloc monolithique de fous furieux qui ne méritent que du mépris et de la méfiance.

Et sachez que j’ai souvent vu des relations de travail toxiques, de la mesquinerie, des trahisons, des gestes violents, des menaces – en vrai, en mode virtuel, entendus ou de mes yeux vus – de la part des hommes. Mais ce sont des hommes.

On ne dira pas «on a des problèmes au travail à cause des hommes» ou «le climat est toxique parce qu’il y a trop d’hommes». Mais si une femme ose répliquer, frapper ou blesser, on nous rappellera à tous et à toutes, en gros caractères, que LES FEMMES sont capables d’une grande violence dont il faut se méfier.

Je nous implore de nous pardonner, d’apprendre à nous aimer nous-même pour mieux nous aimer entre nous. Quand les statistiques me varlopent le coeur à grands coups d’augmentation d’actes de violence conjugale et de féminicides, je nous supplie de nous rappeler que c’est ensemble, et non les unes contre les autres, qu’on fera des petits pas vers une société qui nous considère comme les égales de l’autre, aussi imparfaites que nous soyons.



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  1. Danielle Parent dit :

    Chère Kim,
    Laissez-moi d’abord vous dire que je vous trouve charmante, très jolie et pleine de talent. Je ne suis ni jalouse ni envieuse à votre égard, mais plutôt pleine de respect et d’admiration.
    Vous avez entièrement raison de penser que les femmes peuvent être aussi méchantes que les hommes. Je ne crois toutefois pas qu’il s’agisse de misogynie puisque ces femmes ne ressentent pas de mépris ou de haine envers toutes les femmes. Selon mon expérience, ces femmes ressentent surtout de l’envie et de la jalousie envers leurs congénères plus jolies, plus talentueuses, plus intelligentes, plus riches qu’elles, qu’elles trouvent en quelque sorte menaçantes.
    Je vous souhaite longue vie et beaucoup de succès dans les années futures.

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