Kim Lévesque Lizotte : Le temps retrouvé

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12 Avr 2022 par Kim Lévesque Lizotte
Catégories : MSN / Oser être soi / Véro-Article
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L’autrice et scénariste Kim Lévesque Lizotte voit ses 40 ans comme une nouvelle chance d’aller au bout d’elle-même.

J’aurais envie de dire «40 is the new 30», mais ce serait cliché et niaiseux. Pourtant, c’est ce que ça me fait de vieillir. Ça me fait goûter à ce qu’aurait dû être ma jeunesse.

Ayant voulu m’élancer dans la vie trop vite, j’ai roulé sur des chapeaux de roues pendant des années. Je suis partie de la maison à 17 ans, comme je le promettais à mes parents depuis ma tendre enfance. Je voulais voler de mes propres ailes, être libre, autonome, indépendante, n’avoir de comptes à rendre à personne, vivre, m’imposer, m’affranchir, payer des factures, m’acheter des meubles, partager des soupers où on refait le monde.

Être une adulte.

Je ne détestais pas l’enfance en tant que telle, mais le statut d’enfant. J’avais hâte de prendre la parole à table, qu’on m’écoute, qu’on me considère. Pouvoir changer les choses, créer, voyager. Découvrir la vie et y mettre mon grain de sel. Être une fillette m’empêchait d’accéder à tout ça.

Et l’adolescence, ma foi… J’ai tellement détesté ça, malgré de beaux moments en famille et de grandes amitiés marquantes. L’adolescence a été pour moi un passage obligé, dont j’avais comme seul but de m’en libérer. Mais à vouloir aller trop loin, trop vite, je n’ai pas pris le temps de m’arrêter et de me demander ce que je voulais faire.

Alors que je cherchais à m’épanouir, j’en suis venue à simplement survivre. J’aurais dû prendre le temps. De faire mes classes. D’aller à l’université, peut-être. De perfectionner mes talents et d’aller au bout de mon potentiel, au lieu de travailler fort pour me payer un appart sur le Plateau et à tant vouloir me faire appeler madame.

J’ai quand même bien fait certaines choses: une fois adulte, j’ai pris le temps de me connaître et de trouver ma passion, de toujours me choisir et de recommencer, même si ça voulait dire faire table rase. Mais de commencer à faire de la scène à 26 ans alors que d’autres commencent à 12 ans, de commencer à écrire professionnellement à 27 ans alors que d’autres ont déjà des diplômes et de l’expérience derrière le collier, ça a fait en sorte que j’ai toujours eu l’impression de ne pas être à la hauteur. En fait, je savais que je ne l’étais pas. Et ça me rendait maladroite, nerveuse, surexcitée.

 

Je vois la quarantaine arriver comme si la vie me donnait un nouveau souffle, une nouvelle chance d’aller au bout de moi, au bout de mes rêves cachés, au bout de ma volonté de créer sans m’excuser.

Aujourd’hui, j’éprouve une tendresse quand je repense à cette Kim-là. Qui, même si elle n’était pas parfaite, était si fière d’avoir eu le courage d’aller mettre ses petits pieds sur une scène ou de voir sa chronique publiée dans un journal.

Il y a des gens qui entrent dans la trentaine avec la tête haute, le vent dans les voiles, talentueux, en pleine maîtrise de leur art, de leur métier, de leur vocation. Moi, j’y suis entrée en ayant l’impression de ne rien maîtriser.

Puis, à 38 ans, quelque chose s’est passé. Un déclic. Une confiance. Une expérience. Une détente peut-être, aussi. Comme si plus rien ne me faisait peur, parce que des millions de mots étaient déjà passés à travers mes doigts.

Je connais ma force, ma valeur, ma voix. J’ai joué et chanté cette année pour le plaisir et, au grand étonnement de plusieurs, on m’a complimentée et on m’a demandé pourquoi je ne faisais pas ça plus souvent. Fallait bien que je prenne le temps d’apprendre. Pas d’y arriver, mais de le faire assez souvent pour que ça ait l’air facile.

Je vois la quarantaine arriver comme si la vie me donnait un nouveau souffle, une nouvelle chance d’aller au bout de moi, au bout de mes rêves cachés, au bout de ma volonté de créer sans m’excuser. De m’affirmer. De diriger. Je suis fière de moi et consciente que c’est peut-être une bonne chose que ça m’ait pris tout ce temps-là.

Impressionnez-vous vous-mêmes. Vous êtes plus fortes, plus créatives, plus grandes que tous ceux qui vous font sentir petites. Forty is not the new thirty. La vérité, c’est qu’on n’a plus à voir notre âge comme une fatalité. Il est encore temps d’apprendre. Et de risquer.

 

Kim Lévesque Lizotte est une autrice, scénariste et humoriste féministe québécoise. On lui doit entre autres les téléséries Les Simone et Virage.

Photo : Sacha Bourque

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