Kim Lévesque Lizotte : star de l’humour engagé

15 Sep 2016 par Linda Priestley
Catégories : Oser être soi
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Idéatrice et coscénariste de la nouvelle télésérie Les Simone, elle prône la solidarité entre les hommes et les femmes et vient de redécouvrir l’importance de l’amitié. Entretien avec une fille drôle qui prend les relations humaines très au sérieux.

C’est par un bel après-midi ensoleillé du weekend de la Formule 1, que je rencontre Kim Lévesque Lizotte dans un petit café du centre-ville de Montréal. Malgré l’atmosphère survoltée, la créatrice de la nouvelle émission Les Simone, qui vit en semi-réclusion depuis qu’elle s’est mise à la scénarisation, jubile comme une enfant qui fait l’école buissonnière: «Chaque fois qu’on m’offre l’occasion de sortir de ma tanière et de voir du monde, je capote! On veut que j’accorde une entrevue? Que je participe au casting? Que j’assiste au tournage d’une scène de l’émission? Oui, mille fois oui!» Elle qui cultive pourtant son jardin secret s’épanche «comme chez le psy» sur son enfance, sa solitude, ses amis, son chum et son rêve (jusqu’ici inavoué) de voir Les Simone devenir une série culte.

Une Simone en devenir

Depuis qu’elle est petite, Kim a toujours eu son mot à dire. Follement aimée par des parents qui sont à peine adultes quand elle voit le jour à Saint-Pacôme, dans le Bas-Saint-Laurent – «ma mère avait 16 ans et mon père en avait 20» –, la fillette aux yeux azur n’est pas pour autant élevée comme une jolie poupée sage. «On ne me disait pas “sois belle”, mais plutôt “sois intelligente”.»

À 11 ans, Kim lit le journal chaque matin en buvant son café. «Chez mes grands-parents, où ma famille vivait pendant que mes parents étaient encore aux études, on parlait d’actualité, de politique, de hockey, de n’importe quoi. On abordait un sujet en me demandant: “Toi, qu’est-ce que tu penses de ça?”» Encouragée par sa «meute où les femmes sont fortes et n’ont pas peur de se faire entendre», elle acquiert très jeune une conscience sociale et un point de vue féministe. «Ça m’étonnait que, dans d’autres foyers, les hommes s’expriment à voix haute tandis que les femmes se retiraient discrètement dans la cuisine pour parler entre elles et faire la vaisselle. Je me demandais chaque fois dans quelle espèce de famille d’extraterrestres j’étais née!»

En quête d’amour… avec humour

À l’école, où elle est sans cesse la “p’tite nouvelle”, Kim parvient difficilement à se tailler une place et ressent très tôt les affres de la solitude. «Comme mes parents déménageaient tous les trois ans, il fallait toujours tout recommencer. Les gens me voyaient comme une fille cute, donc forcément emmerdante. Moi, je faisais le clown pour qu’on m’accepte. Je cruisais comme un p’tit gros qui essaie de faire rire la fille qu’il trouve de son goût. Une fois, j’ai même composé une toune romantique que j’ai ensuite chantée à l’élu de mon cœur en grattant ma guitare. Ç’a été un échec total!»

Avec son instrument à cordes, son amour de l’écriture et son sens de l’humour, qu’elle conserve à travers les hauts et les bas de l’existence, Kim continue son petit bonhomme de chemin, sans trop savoir ce qu’elle deviendra plus tard. «J’étais full hippie, dit-elle. Mes parents n’arrêtaient pas de me demander ce que j’allais faire de ma vie. Je leur répondais: “Laissez-moi me découvrir!” Finalement, à 18 ans, je suis allée à Burlington, en Ontario. Moi, la souverainiste convaincue, j’allais devenir la nanny de trois petits anglos!»

Entre rêve et désillusion

Par amour pour un mec rencontré à Toronto, Kim prolonge son séjour ontarien, mais finit par s’ennuyer du Québec. «J’en avais marre de ne voir que mon chum, de ne pas avoir d’amis là-bas et de me faire appeler Frenchie. Cette condescendance me tapait sur les nerfs!»

Après un détour par la Vieille Capitale pour y étudier en cinéma, elle réalise enfin son projet d’habiter Montréal. «J’allais me trouver un appartement sur le Plateau et vivre comme une artiste!» Elle s’inscrit alors en théâtre au Conservatoire Lassalle, qu’elle fréquente le jour, et travaille la nuit dans les bars pour payer son loyer.

Mais ce rythme épuisant et cet univers nocturne, qui au début lui semblait glamour, lui pèsent… Sans compter le regard des hommes dans les clubs qui la jugent et ses rêves qui ne se concrétisent pas, elle se sent trahie et perd confiance en elle. L’expérience est amère pour celle qui s’est fait répéter durant son enfance qu’elle était libre et pouvait accomplir tout ce qu’elle souhaitait. «Je me suis dit qu’un jour, j’allais écrire là-dessus, la désillusion de ma vie d’adulte.»

Kim finit par tout lâcher – son chum depuis quatre ans, ses études, son boulot de nuit – pour ensuite accepter un poste de représentante d’un commerce de vêtements. «Moi, travailler de 9 à 5? Plutôt me faire assassiner! Et puis, la vente et la mode m’intéressaient peu. Mais bon, j’avais fini par croire que mes aspirations artistiques étaient ridicules, et que chanter, jouer de la guitare ou faire du théâtre, tout ça n’était que des passe-temps», soupire-t-elle.

L’illumination, enfin!

À son affaire, mais le cœur en miettes, il lui arrive alors de se réfugier dans une cabine d’essayage pour pleurer ou écrire des chansons. «Des tounes nulles, je l’admets, mais ça me faisait l’effet d’un baume. Je sentais que j’avais quelque chose en moi qui devait sortir à tout prix.»

Si le prêt-à-porter n’a pas fait son bonheur, il aura au moins eu le mérite de lui ouvrir les yeux sur une carrière taillée sur mesure pour elle: celle d’humoriste. «Mes shows de vente faisaient rire les clients aux larmes!» se souvient-elle. Le déclic est survenu quand sa mère lui a offert un DVD de Louis-José Houde. Alléluia! «C’était comme si, telle une bonne sœur, j’avais reçu l’appel de Dieu. Dans tout mon être, je l’ai senti: j’allais devenir humoriste!»

Kim s’inscrit sans tarder à l’École nationale de l’humour. «À mon immense soulagement, j’ai été acceptée. Et dès lors, j’ai cessé d’avoir peur. À 24 ans, je savais que j’avais enfin trouvé ma place, ma façon de m’exprimer. Et j’étais déterminée à être la meilleure.»

Deux ans plus tard, sa formation se termine comme dans un conte de fées: une pluie d’engagements s’abat aussitôt sur celle qu’on n’hésite pas à qualifier d’humoriste sociale et politique de l’heure. «C’était avant l’arrivée des Virginie Fortin et Mariana Mazza. À l’époque, je comblais un vide sur la scène de l’humour.» Sa rencontre avec Guillaume Wagner, un autre jeune humoriste qui veut «allumer les cerveaux», confirme sa place dans le clan des poings levés: «On était deux kids séparatistes, militants, gauchistes et assoiffés de justice. J’avais du cran, une arrogance qui ne m’habite plus aujourd’hui. J’ai dénoncé Radio X à l’émission Les Francs-Tireurs, j’écrivais des tweets et des statuts Facebook incendiaires. Avec Guillaume, je n’avais peur de rien parce qu’on avait raison.»

Les J’aime de Kim

Trois ans plus tard, leur relation fusionnelle prend fin. Guillaume tire sa révérence. Même si la rupture s’avère salutaire – «on aurait fini par devenir un couple sectaire et j’avais besoin d’élargir mes horizons», constate Kim, avec le recul –, elle cogne dur: «J’ai ressenti le vide. Je n’avais plus envie de faire rire ni de monter sur scène.» Le coup est d’autant plus difficile à encaisser pour elle qui a eu des chums sans interruption de 15 à 29 ans – «ce sont eux qui constituaient ma famille, qui étaient mes meilleurs amis» – et qui se retrouve, à la veille de ses 30 ans, seule au monde, loin de son clan. «Mais après cette peine d’amour, le plus beau est arrivé: mes amis, que j’avais un peu négligés au fil des ans, m’ont sauvée. Ils m’ont soutenue, écoutée. C’est là que j’ai réellement compris l’importance de l’amitié.»

Durant cette période, elle se met à écrire, entre autres pour Urbania, les meilleurs billets de sa vie: «J’étais tellement à fleur de peau! Mon blogue, c’était comme une drogue. Je publiais mes textes en pleine nuit, parce que c’est à ce moment-là que l’inspiration me venait, puis je guettais les like et les partages. S’il y en avait beaucoup, je pouvais alors m’exclamer: “On m’aime! Je suis une bonne personne!”»

Ça brasse chez les filles!

Malgré ces marques d’estime, Kim a l’impression de ne pas être allée jusqu’au bout de ce qu’elle éprouve. L’idée d’un scénario décrivant la réalité des jeunes femmes, qui lui était d’abord venue lorsqu’elle travaillait dans les bars, la titille de nouveau. «Je trouvais qu’on ne parlait pas de nous, de notre solitude, de nos quêtes identitaires insupportables. Quand on est jeune, personne ne nous dit les vraies affaires: qu’on va vivre des désillusions et que ça va faire mal, qu’une peine d’amour peut mettre quatre ans à guérir, que la misogynie est à double sens. Tout ça, moi, ça m’étouffait. Il fallait que ça sorte.»

C’est là qu’entre en scène Louis Morissette, dont l’intervention sera déterminante dans la création des Simone. «Louis, pour lequel j’avais écrit dans Un gars le soir et Les détestables, était celui qui préparait le café dans la cuisine pendant que mon amie Véro écoutait mes déboires de célibataire qui se remettait en question. Un moment donné, je me suis tournée vers Louis en lui lançant mon idée d’un show de filles. Il m’a dit: “Il faut que tu le fasses”.»

Pour cette nouvelle télésérie, l’humoriste fait donc équipe avec Louis, son mentor, ainsi que le réalisateur Ricardo Trogi. Avec, en plus de ce trio d’enfer, une prémisse aussi prometteuse que celle de trois trentenaires en pleine crise d’adulescence, pas étonnant qu’on chuchote déjà entre les branches qu’il s’agira de quelque chose de big. «Je préfère ne pas trop y penser, proteste pour sa part la principale intéressée. La course au succès m’importe peu, mais si l’émission devenait un phénomène de société, bien sûr que ça me plairait! [rires] Ma plus grande victoire serait cependant que Les Simone parviennent à ouvrir la communication entre les gars et les filles.»

Dans cette optique, les mecs de la série ne sont pas laissés pour compte. «Je suis pour la réconciliation des sexes, affirme Kim. Les femmes et les hommes vivent les mêmes émotions – rejet, déception, colère –, mais à des moments différents. Je crois sincèrement que c’est dans la communion des émotions qu’on va se retrouver.»

Cela dit, d’où vient le titre de la télésérie? «C’est un clin d’œil à Simone de Beauvoir, qui m’a fait comprendre que j’étais prise, sans le savoir, dans des carcans épouvantables. Les Simone me permettent d’exprimer, à travers elles, tout ce que je ressens. En même temps, je peux dire aux femmes qu’on ne doit plus s’excuser d’exister, que la culpabilité féminine doit cesser. Plus on y parviendra, plus on sera libérées!»

«L’amour, ça ne se contrôle pas!»

L’humoriste engagée reviendra-t-elle un jour à la formule du stand-up? «Qui sait? La vie nocturne et cette résonnance immédiate qu’on obtient sur scène me manquent parfois. Et j’ai plein d’idées!»

En attendant, la fille sans plan de carrière savoure l’excitation du lancement de sa série télévisée et les liens profonds qu’elle entretient avec sa famille et ses amis. Et l’amour, dans tout ça? «Grâce aux réseaux sociaux [elle lève les  yeux au ciel], tout le Québec sait maintenant qu’Éric [Bruneau] et moi formons de nouveau un couple.»

D’où vient cette «prise deux» avec le comédien qu’on a notamment vu dans Toute la vérité et Mensonges? «Bien qu’on ait beaucoup de choses en commun, nous sommes complètement aux antipodes: lui, le sportif discipliné, et moi, la jument sauvage. Au début, ça m’a fait peur, puis j’ai compris que l’amour, ça ne se contrôle pas. Je suis revenue vers lui, 100 % investie, prête à communiquer et à revivre en couple.»

Des chérubins viendront-ils un jour compléter le tableau? «Je ne suis pas encore décidée, répond Kim, mais chose certaine, si je choisis d’avoir des enfants, ce sera avec Éric. Je les voudrais avec un homme que j’aime de tout mon cœur, pas avec un géniteur qui comblerait mon désir de devenir mère.»

 

Photo: Monic Richard – Stylisme: Yso

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