Kim Lévesque Lizotte : Une maison pour Noël

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23 Nov 2022 par Kim Lévesque Lizotte
Catégories : Famille / MSN / Oser être soi / Véro-Article
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Kim Lévesque Lizotte raconte comment elle en est venue à vouloir vivre dans une maison en banlieue... elle qui n’en avait jamais rêvé.

J’ai pleuré deux bonnes semaines, en silence, en me cachant dans tous les recoins chez nous. J’ai fait des cauchemars ahurissants. J’ai même fait des crises d’anxiété, moi qui n’ai généralement pas ce problème.

J’étais donc rendue là, à ce grand saut dans le monde des grands. Vous me direz qu’à 39 ans, il était temps que j’allume.

La Kim de 25 ans serait scandalisée, elle qui aspirait à un loft industriel, à une carrière qui prendrait toute la place et à une trâlée d’amants. Indépendante, libre et festive, aussi. Avec un passeport et un cellier bien remplis.

Eh bien non. Je suis une grande romantique qui a choisi le couple monogame à long terme. Cet amour aura fait jaillir de moi le désir d’enfanter et me voilà enfin sur la route de… la banlieue.

DEAR GOD, juste de l’écrire me fait trembler d’effroi.

Serais-je donc en train de me dénaturer, de perdre la tête, de m’enfermer dans une vie que tant d’auteurs, de scénaristes et de cinéastes ont décrit comme une cage dorée où le quotidien est redondant, beige et plate, où on remplit notre vide existentiel. à grands coups de surconsommation de bébelles trop chères? ME V’LÀ DONC RENDUE CETTE PERSONNE-LÀ? Calomnie.

Deviendrai-je donc cette madame qui prend son char pour aller à l’épicerie, celle qui fait des strawberry daiquiris à midi et qui magasine des tapis de couloir en ligne pour combler son ennui? Mais non. C’est pas moi. Je vais étouffer. Je vais capoter. Je vais mourir, c’est sûr.

Puis, j’ai respiré. J’ai parlé à mes amis. Pour me rendre compte que, oups, bien sûr, ils étaient presque tous rendus eux aussi… en banlieue. À un bras de distance. Pas trop loin pour pouvoir venir me dire de me calmer le pompon. Je ne serai pas seule. Ils seront tous là pour moi – surtout l’été, pour profiter de ma piscine.

Et je compte l’utiliser, celle-là, pour courtiser tous mes amis. Une cour estivale où je vais me construire de nouveaux souvenirs, où je vais pouvoir accueillir mes tribus, mes salons philosophiques, ma sororité, les amis de ma fille…

Ma fille. Que je vais pouvoir envoyer jouer dehors en paix, sans craindre à tout moment qu’elle se fasse frapper. Kim Lévesque-Lizotte est une autrice, scénariste et humoriste féministe québécoise. On lui doit entre autres les téléséries Les Simone et Virage.

Ici en ville, il y a les fruiteries bios, le salon de coiffure, la garderie pas loin. Mais il y a aussi le bruit des sirènes, des voitures, et l’incapacité à sortir dehors avec ma fille sans lui tenir fortement la main et sans hurler de frayeur chaque fois qu’elle part trop vite avec sa trottinette sur une rue parsemée de ruelles.

Ici, il y a les terrasses et les 5 à 7, mais dans ma maison, il y a des chambres pour y recevoir confortablement les gens que j’aime et les garder chez nous longtemps.

Cette année, j’aurai une maison à Noël.

Je me suis bâti une vie qui m’a amenée plus haut que je l’espérais. Alors parfois, ça devient vertigineux. Et le vertige, ça coupe le souffle. Mais là, je suis prête pour ma première maison. Parce que je sais que j’y amène avec moi une famille heureuse, avec assez d’amour pour la remplir au complet. C’est tout ce qui compte.

Marguerite,

C’est peut-être une décision pour toi. Pour que tu puisses courir dans la rue sans que je te prenne par la main.

Pour que tu t’endormes sans te faire réveiller par le bruit des sirènes nocturnes, dans une chambre (enfin) paisible.

Pour que tu puisses te créer un univers dans un sous-sol aménagé rien que pour toi, où tu pourras accueillir tes nouveaux amis et faire exploser ton imagination.

Pour que tu puisses courir dans un parc grand à perte de vue.

Pour que tu puisses te rendre à l’école à pied, comme une grande, sans que ça m’inquiète trop. La tranquillité d’esprit, c’est plus précieux que je le pensais. La sécurité, c’est un privilège que j’ai envie de t’offrir.

Alors peut-être que je le fais pour toi. Mais ce qui me rend le plus heureuse dans la vie, c’est de penser à ton bonheur avant le mien.

 

Crédit photo : Sacha Bourque 

 

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