Le mot de Louis: Capitaine Contradiction

03 Fév 2020 par Louis Morissette
Catégories : Oser être soi
Icon

Les convictions peuvent parfois être ébranlées, même pour Louis Morissette.

Je suis un monstre de contra­diction. Je chiale contre ma blonde mais je l’adore, je célèbre une victoire de Laurent Duvernay­ Tardif en arborant un chandail de Tom Brady, je m’inquiète de l’environnement mais je rêve de monter dans l’avion vers le Sud, j’admire les entrepreneurs québécois mais j’achète en ligne, je déteste Occupation Double mais j’ai regardé Claudie sortir d’une douche pour aller se brosser les dents… parce que j’aime les jeunes femmes à l’haleine fraîche.

J’entame donc l’année 2020 habité par ma plus grande contradiction: avoir hâte que mes enfants partent en appartement… mais m’ennuyer lorsque je les quitte plus que 24 heures. Si vous avez vu la capsule des Morissette et moi* de l’été dernier, vous connaissez ma théorie: à 21 ans, c’est byebye popa­moman et bienvenue l’appartement! Parce que je fais des cauchemars à l’idée d’avoir à la maison une grande fille de 25 ans pis un grand fouet de 23 ans. Sans compter les chums, blondes, amis, fuck friends et autres. Chu pas Louise Deschâtelets dans Chambres en ville, moé! J’ai hâte de passer un peu de temps avec ma belle femme sans avoir des enfants dans notre bulle, de visiter autre chose que des tout­-inclus en famille et de consacrer du temps de qualité à notre bébé Raphaëlle, qui a souvent été la troisième roue d’un carrosse roulant à 100 milles à l’heure.

Je veux mon intimité. Je veux marcher tout nu dans ma maison sans risquer de faire un face à face avec un chum qui glande dans ma cuisine, je veux faire l’amour avec ma femme sans avoir peur de faire trop de bruit, je veux regarder le football dans mon salon sans que la blonde de mon fils me pose des questions de base comme: «Pourquoi ils se rentrent tous dedans?» ou «C’est lequel, Brady?» Je veux du temps, du silence pis du sexe où je veux, quand je veux. Mes enfants doivent me quitter avant que mes érections ne le fassent.

D’un point de vue moins égocentrique, je leur souhaite aussi de vivre dans leurs affaires, de développer leur autonomie, de trouver leur propre valeur et leurs intérêts loin de Véro et moi. De passer du temps seuls avec eux-mêmes. De vivre des expériences positives et négatives, de faire des bonnes et des mauvaises rencontres, de vivre des échecs et des bons coups. De tomber et de se relever. J’ai quitté le nid familial à 18 ans (je comptais les dodos), je me suis formé loin de mes parents et je souhaite cette même chance à mes enfants.

Ça, c’est la théorie. Maintenant, je sens que je vais trouver la transition plus difficile que ce que j’ai anticipé. Récemment, j’ai eu un petit vertige en visitant les cégeps avec ma grande fille. En la voyant marcher devant moi dans les corridors des collèges, je ne pouvais que constater la réalité: mon bébé devient une jeune femme et une page se tourne en direct sous mes yeux. J’étais fier d’elle, de sa démarche, de ce qu’elle devient… et en même temps, j’aurais voulu connaître Plan B pour vrai, juste pour retourner en arrière et lui lire une histoire pendant qu’elle est allongée dans son petit lit de princesse.

Idem pour mon petit Justin, celui qui m’appelle «mon pote» (mon surnom no 1), toujours dans la bulle de son père. Mon plus fidèle partenaire de hockey remplace graduellement son petit Daddies (mon surnom no 2) par son amoureuse. Une nouvelle vie se dessine, alors que maintenant, il me commente les matchs des Pingouins de Pittsburgh via texto… en direct de chez sa blonde.

Ce que je leur souhaite prend forme et tout ça est très sain. Ils se dessinent une vie à eux. Mais curieusement, le vide qui se pointe sera plus grand que je l’anticipais. Comme si je perdais des amis. Peut­-être que je fais fausse route, mais j’ai le sentiment que le lien que les parents ont avec leurs enfants en 2020 est bien différent de celui qui existait en 1990. Pour différentes raisons, les familles sont devenues des petits clans tissés serré, des entités autosuffisantes et en symbiose. Et quand les enfants sont prêts à quitter le nid, le trou qu’ils laissent est immense. Mais c’est pour le mieux.

Ne reste plus qu’à souhaiter qu’ils deviennent des adultes solides, équilibrés, respectueux, intègres… et heureux. Mais c’est à eux d’écrire le prochain chapitre.

* ÉMISSION METTANT EN VEDETTE NOTRE FAMILLE SUR LE SITE ICI.TOU.TV/VEROTV.

Louis Morissette est auteur, comédien, humoriste, producteur, entrepreneur et mari de notre muse en chef.  Ce texte provient du numéro hiver 2020 du magazine. 

À lire aussi: 



Catégories : Oser être soi
18 Masquer les commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. Nathalie Cloutier dit :

    Allo
    J’ai eu 5 enf et oui tu as bien lu 5, 4 filles et un garçon!!! J’en rêvais ne qu’ils partent qu’il se deviennet adultes et autonome!!!! Auj ils sont tous parti, mais combien jai pleuré à chaque départ et quand mon unique fils est finalement parti à 23 ans jai pleuré ma vie avec le regard de mon mari qui me répétait enfin seigneur !!!!! Je le trouvais sans cœur mais maintenant après 7 mois seul avec mon amour je ne reviendrai pas en arrière !!! C’est certain que je m’ennuie mais je vais les voir et maintenant nous avons 4 petits enf mettons qu’on va les voir été après on retourne chez nous bien content de notre tranquillité de vieux de 51 ans !!!!!!!
    Un plaisir de vous lire

  2. Nicole Lafleur dit :

    JE SUIS SANS MOTS

  3. Michel Richard dit :

    Félicitations vous êtesUn exemple de courage et de détermination malgré tout les embûches de la vie ,les vrais affaires!

  4. Cecyle rouleau dit :

    Très plaisant a lire ton texte et c est la réalité. Je le vie presentement. Vous former vraiment une belle famille bien tissé. Je vous aime et je vous suit. Bonne continuité

  5. Stephane dit :

    Le retour du bye bye … C’est eux qui le fetont(t’es enfants) à leur façon. Tu ne subira pas la critique comme au bye bye , mais ce sera malheureusement plus dur.
    La bonne nouvelle est que ce sera éphémère et c’est cliché mais , parents un jour …. parent pour toujours.

  6. Luce Malette dit :

    C’est juste ça …..

  7. Colette Castonguay dit :

    Tellement vrai. Eh qu’on les aime nos enfants quoi qu’il advienne. Nous sommes très fiers de ce qu’ils deviennent…

  8. Carole Gagnon dit :

    Aww pouvoir se promener nue dans la maison. Enfin! Fantastique!

    Nous leur avons donné à tous les 3 le meilleur de nous-mêmes (parfois le pire ahah!). Maintenant ils font chacun le chemin qu’ils désirent.
    Merci pour ce texte.

  9. Clayre Fortin dit :

    Félicitations Louis c’est tellement vrai… on passe par tous les émotions quand nos enfants s’en vont de la maison,aujourd’hui j’ai 67 ans j’ai 3 enfants,5 petits-enfants,ils sont en SANTÉ,c’est tellement ça qui est important ,je vois mes petits-enfants grandir et je suis fière tellement fière
    d’eux,vous formez une si belle famille…😊 je vous souhaite que du beaux 😘🍀🍀🍀🍀🍀🍀🍀🍀

  10. Marie-Claude dit :

    Quel magnifique texte, actuel, vrai et pleins de contradictions. Mais l’humain est un être de contradictions mon pote ;). C’est donc normal. J’ai deux filles de 14 et 17 ans, ce texte là, right on sur ce que j’anticipe aussi.
    Merci pour cette belle plume

  11. Marie-Josée dit :

    Effectivement Louis c’est toujours l’effet balance… on veut les voir grandir et s’affirmer mais on ne les voit même pas grandir! C’est la même chose pour les familles de 1990 d’ailleurs. Et pour moi ce fut un choc, je n’ai qu’une fille et ça m’a pris des mois à voir l’avenir qui s’ouvrait à moi. Aujourd’hui je suis toujours très fière d’elle et maintenant j’ai deux petits-enfants que j’adore! Alors Louis, entre leur départ et l’arrivée des petits nouveaux profites-en 😉

  12. Dominique Bérubé dit :

    Bonjour à toute votre belle équipe! 😃

    Je viens de lire le mot de Louis dans le dernier magazine à cause d’une lectrice qui disait qu’elle commence toujours par Louis…

    Je me suis tellement reconnue dans ce texte et je le remercie (Louis) de nous rappeler que mes émotions sont comme les autres parents de notre génération. Je pense aussi que lorsqu’on arrive à avoir une belle relation avec nos enfants on a pas vraiment envie de les voir partir. Malgré que moi aussi j’ai hâte de pouvoir me promener en costume d’Eve et de m’envoyer en l’air quand je veux! LOL 😂

    Encore merci pour votre précieux magazine!

  13. Judith dit :

    Ah que je te comprends!

    J’ai le même dilemme que toi…autant j’ai hâte de vivre dans une maison rangée et un brin plus silencieuse (sans chicanes) j’anticipe un peu le silence et le vide que leur départ laissera. Je crois que ce sentiment reflète pas mal tous ce que ressent un parent.

    J’adore ton texte 🙂

  14. Diane Sirois dit :

    Attache ta tuque avec d’la broche mon Louis!! T’as pas idée du deuil que tu vas avoir à vivre lorsque ton dernier enfant partira de la maison!!

  15. Huguette Fortin dit :

    Pour ce qui est des famille de 1990 comme tu dis , les liens sont aussi serrés qu’aujourd’hui et même avant 1990 Je ne sais pas pourquoi vous pensez que vous êtes si différents avec vos enfants J’ai 69 ans et je vois mes enfants régulièrement , je vois mes frères et ma soeur régulièrement Quand je dis régulièrement , c’est toutes les semaines

  16. Brenda Bruce dit :

    Bonjour Louis ! J’me souvient très bien ton commentaire : non, non y’en ai pas question !! 21 ans bye bye….y’é tant que vous viviez votre vie !! On va tjrs être là….mais chacun chez nous !!

    Tu as bien raison.
    Vous êtes une belle famille…j’adore vous suivre !!
    Lâcher pas !!

  17. Guylain Roy dit :

    Texte génial mais tu m’enarves j’aurais voulu l’écrire

Ajouter un commentaire

Magazine Véro

S'abonner au magazine