Le mot de Louis: la femme qui dérange

10 Oct 2019 par Louis Morissette
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Il ne faut pas avoir peur de donner de la place aux prochaines Fabienne Larouche, Monia Chokri et Mariana Mazza. Elles dérangent, car elles foncent. Elles dérangent, car elles ont une vision.

Faire plus de place aux femmes dans la sphère publique. Étant moi-même entouré de femmes fortes et inspirantes qui me permettent d’optimiser mon environnement professionnel et qui gèrent ma vie personnelle (allo Véro! ), je ne peux qu’applaudir ce mouvement… tout en étant très peu dépaysé.

Il faut savoir qu’en télévision, les postes de direction des programmes sont majoritairement occupés par des femmes. Idem pour les postes clés à la SODEC (Société de développement des entreprises culturelles) et à Téléfilm Canada. Et je ne m’en plaindrai certainement pas. Les femmes en poste sont d’une redoutable efficacité et ont travaillé excessivement fort pour faire leur chemin dans un monde qui était très (trop) friendly pour l’homme blanc hétérosexuel. Au Groupe KO, la majorité des cadres sont également des femmes. Pas parce que ce sont des femmes, mais plutôt parce qu’elles étaient les meilleures pour l’emploi.

L’exercice de parité ne devrait donc pas être un enjeu de société, puisque les hommes et les femmes ont la même valeur. Ça peut sembler ridicule de le dire, mais il faut malheureusement le préciser pour quelques dinosaures encore en place. L’homme n’a pas été touché par une divinité quelconque pour devenir une espèce supérieure. La femme non plus. Derrière cette volonté de parité, de donner aux femmes la chance de s’épanouir comme elles le méritent, il ne faudrait pas oublier une triste vérité: il y a aussi des femmes incompétentes, malhonnêtes, démagogues et méchantes.

J’espère que de le dire ne fait pas de moi un macho ou un misogyne. Car être égaux signifie avoir les mêmes qualités, mais aussi les mêmes horribles défauts. Il y a des femmes qui gèrent très mal le pouvoir. Des femmes qui abusent et profitent du système à des fins personnelles. Des femmes qui utilisent la violence psychologique pour maintenir les gens avec qui elles travaillent sur le qui-vive pour ainsi mieux régner.

Des femmes qui donnent des chances à des amies et qui s’entourent de tapis de portes qui ne les confrontent pas. Les femmes n’ont pas toutes l’âme d’une éducatrice en garderie. Plusieurs aiment l’argent et le pouvoir, avec tous les débordements que ça peut impliquer. Les mêmes maudits défauts que ces hommes qui ont fait la manchette au cours des dernières années.

Dans le monde culturel, la parité signifie qu’un grand nombre de femmes se verront offrir l’opportunité de créer leur premier projet. Sans peur de me tromper, je peux prédire que certains de ces projets ne passeront pas à l’histoire. Et c’est parfait ainsi. Après tout, nous sortons de DÉCENNIES durant lesquelles des hommes au talent discutable ont fait des «œuvres» anonymes grâce aux fonds publics. J’espère toutefois que nous pourrons critiquer le travail des femmes sans systématiquement passer pour un homme-blanc-hétéro-frustré-de-voir-une- femme-avoir-du-succès. La création repose sur un équilibre fragile. Et ni les hommes ni les femmes ne sont infaillibles. Ma carrière en est un bel exemple.

Au-delà de la parité souhaitée, je crois que nous devons encourager les femmes qui font avancer le débat. Ce qui implique de déranger. Et, encore en 2019, une femme qui dérange… ça dérange davantage qu’un homme. Trop souvent, pour les mêmes agissements, l’homme est vu comme déterminé, alors que la femme est consi- dérée comme une hystérique.

Dans un élan de parité, si nous ne faisons que donner le crachoir aux femmes douces et conciliantes, on risque de faire monter en grade des incompétentes peu dérangeantes. Et répéter l’erreur faite par les hommes qui donnaient des emplois à d’autres petits n’amis «poches, mais ben d’adon». C’est l’incompétence et la mollesse qui ne devraient plus avoir de parole ni de pouvoir.

Il ne faut pas avoir peur de donner de la place aux prochaines Fabienne Larouche, Monia Chokri et Mariana Mazza. Elles dérangent, car elles foncent. Elles dérangent, car elles ont une vision. Elles dérangent, car elles ne s’en laissent pas imposer. Personne n’engagera ces femmes en se disant «a va faire ce que je dis, pis je les contrôlerai par en arrière…» Oui, il faut laisser plus de place aux femmes. Faisons de la place à la femme qui dérange: c’est elle qui fera avancer notre société. Et c’est elle qui inspirera mes deux filles à ne pas s’excuser de vouloir atteindre les plus hauts sommets.

Texte paru dans le numéro d’automne 2019 du magazine VÉRO. 

 



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  1. Francine Durand dit :

    Enfin, je ne me sens pas extraterrestre
    Tout cette histoire de parité venait me chercher et dérangeait quelque chose en moi
    Comme si les femmes faisaient tellement pitié qu’il fallait absolument leur donner la place… la moitié de la place et dans ma tête je me disais: peut-être qu’il n’y a pas la moitié qui peut faire ce travail, peut-être que certaines femmes sont douées pour ceci cela et peut-être certains hommes ke sont aussi
    Peut-être ceci ou cela pourquoi ne pas y aller avec la force de chacun et non son se e, sa race ou son genre sexuel

  2. Nancy Marcoux dit :

    Merci pour cet article 🙂 .
    Je suis une femme qui fonce, qui dérange et qui bouscule…
    J’ai une vision qui a de l’impact, qui inspire mais qui dérange et malgré tout, j’avance et je fonce.

    C’est agréable d’être reconnu dans vos mots au lieu d’être vu par des maux…
    Continuions d’être pour cela !
    Nancy

  3. Gaston Careau dit :

    Dans mon temps, Louis, (j’ai 89 ans), ces postes , surtout à radiocan étaient occupés plutôt par des homos. Non, je ne suis pas sexistes, mais j’encore une bonne mémoire…

  4. Beverly White-Christie dit :

    Bravo aux hommes qui accepte et valorise ce texte de Louis Morricette. Merci pour ce commentaire Louis.

  5. Judith Bilodeau dit :

    Merci de ce texte.
    Tout ce qu’il y a de plus vrai, claire et que j’ai tant appréciée lire.
    Louis, tu est un homme très inspirant et j’espère que d’autres avec un S pensent comme ça.
    Homme et femme
    Merci beaucoup.
    D’une femme qui dérange.

  6. Johanne connelly dit :

    Bonjour Louis.
    Quel beau texte toujours aussi transparent et oui dire à nos filles fait toi respecter et entendre seras ta clef de ton succès. Je suis la mère dune jeune femme de 25 ans moi et son père avons toujours donner nos opinions haut et fort et elle aujourd’hui fait de même tout le monde a le droit de se faire entendre et écouter.
    Merci à vous

  7. Nicole dit :

    J’apprécie, sincèrement, Merci

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