Le mot de Louis : Le neuf de retour…

08 Nov 2021 par Louis Morissette
Catégories : Famille / MSN / Oser être soi / Véro-Article
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Tout comme au golf, Louis Morissette constate qu'il avance peu à peu dans son «neuf de retour» (back nine).

Amateur ou amatrice de golf? Si la réponse est non, ne fermez pas le magazine dans la seconde, l’analogie sera courte. Le neuf de retour marque la mi-parcours d’une ronde de golf qui compte 18 trous. Les neuf premiers trous sont joués et les neuf derniers nous attendent après un sandwich et un Gatorade. Le neuf de retour – ou le back nine – représente la marche vers l’aboutissement ou la finalité de quelque chose, selon qu’on voit le verre à moitié plein ou à moitié vide. Fin de la portion RDS.

Cette analogie symbolise pas mal mon état d’esprit post-pandémique. Une crise qui nous a vite rappelé que tout peut basculer très rapidement et que notre contrôle sur les choses les plus importantes, comme la santé, est limité et même parfois nul.

J’ai 48 ans. J’ai travaillé activement plus ou moins l’équivalent de 25 ans. Sans vouloir être trop déprimant, je peux affirmer que j’ai vécu plus de 50 % de mon existence et que je suis à mi-parcours de ma vie professionnelle, qui ralentira progressivement. Ce constat ne me réjouit pas du tout. Il ne me plonge pas non plus dans un état dépressif ou de profonde anxiété, mais il m’effraie et m’angoisse quand même.

Et comment Louis réagit-il lorsqu’il sent que les choses (incluant le temps) lui filent entre les doigts? En essayant de reprendre le contrôle, autant que faire se peut. Je ne suis pas du genre à vivre dans le déni, sans planification. Concrètement, la première étape est de s’autoanalyser et de tirer des conclusions. Comme le fait que je ne veux pas vivre mes 20 prochaines années comme les 20 dernières (que j’ai pourtant ADORÉES). C’étaient des années excitantes, mais je ne suis plus là dans ma tête. Je suis essoufflé. J’ai construit ma carrière, j’ai jeté les bases d’une vie qui me rend heureux et qui a rempli mon égo. Je me sens maintenant rendu à une étape où je n’ai plus à prouver ma valeur à qui que ce soit. Je continuerai de relever de grands défis, de tenter de me dépasser, mais pas avec le désir de plaire ou d’impressionner les autres. Je veux ME dépasser, je veux tester MES limites et garder l’artiste en moi en mode recherche. L’homme d’affaires, lui, doit cependant faire place à la relève et aux dauphins qui ont faim.

Et il y a ma femme. Je veux passer plus de temps avec ma femme et ma meilleure amie. Heureusement, c’est la même personne; ça facilite le voyagement. Je veux vieillir avec celle que j’aime et profiter du jardin que nous avons cultivé pendant des années.

Et il y a les enfants. La page couverture du magazine peut en témoigner, ils grandissent à la vitesse grand V. Dépendant de mon état mental ou de fatigue, j’ai des comportements complètement paradoxaux avec eux. Une partie de moi aurait envie de les garder avec nous 100 % du temps. Particulièrement quand ils arrivent à l’âge adulte et que les conversations s’ouvrent sur plein d’enjeux fondamentaux. J’aurais envie de faire le tour du monde avec eux, de partager avec eux ce que j’ai appris de la vie, de profiter de chaque instant avant que mon corps me lâche.

À l’opposé, je sais que le meilleur cadeau à leur offrir est une fenêtre vers l’autonomie. Il y a une limite à ce que tu peux enseigner aux enfants. Ils doivent le vivre. Ils doivent tomber, se relever, faire des erreurs et accomplir de grandes choses… sans papa et maman. C’est pourquoi Delphine est en appartement et que Justin ira lui aussi vivre dans ses propres quartiers. Est-ce trop tôt? J’imagine que la réponse varie d’une famille à l’autre. Dans notre cas, je veux les voir se développer et trouver leurs réponses sans être dans l’ombre de parents qui prennent beaucoup de place. J’ai l’impression que de les garder dans notre giron serait une façon de me faire plaisir à moi, au détriment de leur émancipation. Peut-être que le métier qui a habité notre maison chaque jour de leur enfance nous réunira dans un environnement professionnel. Mais entre l’enfance et la carrière, il y a ce passage où ils doivent trouver leurs propres réponses.

Et ça me laissera du temps avec ma vieille. Et avec notre petite (!) Raphie. Ici, c’est le moment où Delphine et Justin diront: «C’est ça, tu vas passer du temps avec ta chouchou!» Ce n’est pas ma chouchou, mais j’ai effectivement une tendresse particulière pour ce qu’elle représente. Chaque étape qu’elle franchit, comme la fin de son primaire, signifie que moi aussi j’avance dans mon neuf de retour. Et qu’inévitablement, je marche vers le clubhouse. Il me reste à rendre cette marche le plus paisible et enrichissante possible.

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  1. Julie Lafrance dit :

    quelle belle écriture Louis, et la profondeur du message . Wow!!!

  2. Mandy Hornez dit :

    Wow! Merci Louis! C’est une excellente analogie et que c’est beau l’Amour! Que la vie vous soit douce!

  3. Nicole Ayotte dit :

    Très beau texte et très émouvant. J’ai 64 ans. À chaque fois que je changeais de dizaines, je trouvais que j’entrais dans la plus belle période de ma vie. Et même dans la soixantaine, je le dis encore ça. La seule différence, c’est que je sais qu’il me reste moins de temps. Retraitée avec mon conjoint des 40 dernières années, la pandémie nous a fait redécouvrir des petits bonheurs simples qui nous rendent heureux. Comme disait Jannette Bertrand, vieillir veut dire que l’on est toujours vivant. Longue vie à Louis et Véro.

  4. Brigitte dit :

    Très belle réflexion Louis. Tu sembles être un bon père avec une  » bonne tête sur les épaules » Il est plaisant de te lire et de suivre tes projets. La vie de famille, c est un apprentissage de tous les jours. Il n y a pas de recettes seulement le désir de bien faire pour son couple et ses enfants.

  5. Yves Dubé dit :

    Dans le mille mon Louis ! C’est exactement ma vie aussi mais à l’aube de mes 60 ans. J’ai franchis depuis plus de 10 ans le premier 9. On en peut pas jouer un autre 18 donc le restant de cette game là il est plus qu’important. Tu as une très belle maturité profites bien de la vie !

  6. Lily Binette dit :

    Très beau texte, bravo Louis

  7. Lucille Thériault dit :

    Ça fait effectivement réfléchir….étant une femme, la ménopause ajoute ses quelques signes que je suis dans mon neuf de retour aussi. J’ai eu les mêmes réflexions que vous. Je n’ai plus rien à prouver et c’est tant mieux. Faire sa place et prouver aux autres ou a soi-meme ce quon eat capable d’accomplir, ca fait pour un bout et ça a une limite. Et quand on prend vraiment conscience de cela, je trouve que la vie est plus douce…merci de votre partage.

  8. Turco dit :

    Je t aime beaucoup Louis. Ce texte est magnifique et je présume que c est la face cachée de la,sagesse. Toi et Véro avez une super famille, vs ns faites du bien.

  9. Sylvie B. dit :

    Dans pas longtemps j’aurais mes 70 ans et avec « ‘mon vieux de 75’ » je vais continuer ma route . Le bonheur et l’amour nous ont accompagné au cours des derniers 30 ans. Quel parcours! Je n’y changerais rien. Nous avons entamé notre vie au meilleur moment, alors que nous avions le choix, mais surtout la maturité pour nous accepter et découvrir l’autre. Je vous souhaite le bonheur!

  10. Monique dit :

    Quel beau texte. J’arrive à 65 ans et pourtant je ne me vois pas arrêter. Hey 60 est le nouveau 40 alors imagine ton âge 😉

  11. Christiane valade dit :

    Très belle réflexion, j’ai 57 ans et mes deux filles sont grandes maintenant (27 et 24 ans) en amour avec mon mari depuis plus de 37 ans. J’espère pouvoir vivre en santé et toute ma tête pour plusieurs années encore … je suis rendu au transfert de mon entreprise à ma fille aînée…que de chemin parcouru et de fierté de pouvoir penser que ce qui nous a allumé pendant longtemps sera prolongé….le back nine est la meilleure analogie pour la deuxième partie de sa vie.

  12. Joanne Leclerc dit :

    Oh que j’ai aimer lire cette réflexion! La semaine dernière je réalisais soudainement que dans 3 ans j’aurai 70 ans et j’ai eu une petite angoisse! Oufff! Mais où est passé le temps!! Il me semble qu’il n’y a pas longtemps je me disais, on a encore le temps!!
    Avec mon mari depuis 50 ans l’an prochain, maintenant on veut comme vous passer du beau temps ensemble, c’est précieux! Je vous souhaite de belles années a Vivre pleinement et de vous Aimer comme jamais! C’est ça les beaux jours! Je vous embrasse tous les deux!

  13. Julie Rivard dit :

    Une belle réflexion quand notre course cérébrale s’arrête quelques minutes et que notre tête se retourne et regarde le chemin parcouru qui semblait long au départ. Mais comme les vieilles matantes nous ont dit : « Tu vas voir ça passe vite la vie!  » Moi aussi à 45 ans , je me plais à dire que j’ai la moitié de ma vie de passé, parce qu’au fond , j’espère tellement me rend à 90, avec ma tête et mon corps en santé! Quel désir et but puissant que j’aimerais avoir la chance de vivre! Un bel hommage pour ta femme, une denrée rare, un couple qui se choisit, jour après jour pour ce partage de chemin linéaire, parfois sinueux, main dans la main.

  14. Ginette Dupont dit :

    Quelle belle réflexion qui me touche particulièrement. 70 ans bientôt, une vie pas toujours facile mais une joie de vivre intense en sachant très bien que tout va se terminer un jour alors chaque minutes qui passe c’est un cadeau et j’en profite pour créer de beaux souvenirs pour mes proches et moi même.

    Merci pour votre partage

  15. Lucille dit :

    Quelle sagesse tu es très sage une vielle de 88 ans qui te suit

  16. France Lefrancois dit :

    Je suis d’accord avec toi Louis…les laisser voler de leurs propres ailes finalise notre rôle de parents. Après l’apprentissage la pratique est de mise.
    J’ai laisser voler mon dernier bébé de 5 enfants l’an dernier…quelle fierté de les voir déployer leurs ailes.
    Merci pour ce beau message.
    Toi et Véro pouvez être fière de votre progéniture.
    Ils sont merveilleux😉
    France XXX

  17. Danielle dit :

    Tit-mosus, tu m’as fait pleurer, moi j’ai 58 et deux grands enfants qui sont partis pour faire leurs vies, pas trop loin, mais trop vite.
    Je crois aussi que la meilleure façon de les garder est de les laisser partir, lorsqu’ils viennent pour un conseil ou qu’ils téléphone juste pour jaser c’est toujours une joie profonde et quand ils nous disent qu’on a été les parents parfaits pour eux, on peut partir en vacances l’âme en paix.
    Merci pour ce beau texte toi et Véronique êtes des humains précieux pour beaucoup de gens, je vous souhaite encore beaucoup d’années de bonheur XX

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