Le mot de Louis : Le neuf de retour, prise 2

14 Juin 2022 par Louis Morissette
Catégories : Oser être soi
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Louis Morissette aborde le nouveau chapitre de sa vie qu'il entame avec ses trois enfants.

Il y a quelques mois, j’écrivais un billet sur mon «neuf de retour», réflexion sur ce qu’allaient devenir les prochaines années de ma vie, de ma carrière, maintenant que j’affiche passablement de kilométrage au compteur. Les dernières semaines m’ont permis de vivre le premier chapitre de ce neuf de retour. Le chapitre de la passation, de la transmission. De me sentir comme un quart-arrière au football qui met le ballon dans les mains du porteur et qui regarde le jeu se dessiner en étant un témoin privilégié de la situation qui se déroule devant lui.

justin-louis-hockeyAvril 2022. Il manque des joueurs dans notre ligue de hockey. On me demande si Justin viendrait jouer avec nous. Justin accepte et le voilà en train de jouer contre moi dans une ligue de garage. Assis sur le banc, je suis pris d’une vive émotion en regardant les bonshommes avec qui je joue au hockey depuis une quinzaine d’années s’amuser avec mon fils. Le voir s’immobiliser au bord de la bande pendant un arrêt de jeu, s’accoter avec conviction devant moi et me donner la rondelle en me disant: «Tin! Un cadeau! J’aime ça, faire plaisir à mes fans!» sous le regard amusé des autres vieux et de leurs commentaires: «Cr…, il va être baveux comme toé!»

Mai 2022. Être assis dans mon salon et mourir de stress en voyant Delphine chroniquer à Bonsoir Bonsoir! Mélange de fierté et d’angoisse. La peur de la pression, des commentaires haineux, le fait de trop connaître un milieu qui peut s’avérer sans pitié. Mais Delphine n’a que 19 ans. La jeunesse et son insouciance ne la paralysent pas comme si elle avait 48 ans! J’ai l’impression d’assister en direct à l’éclosion d’une jeune femme que je connais par cœur. Avec sa fragilité, qui la rend si attachante. Et son étonnante confiance, par exemple lorsqu’elle se déniche une agente et des contrats sans même nous consulter. Mélange de fierté et de «es-tu folle, toé?». Comme en 1995, à Drummondville, quand j’annonce à mes parents que je vais m’inscrire à l’École nationale de l’humour (ENH)…

delphine-morissette-bonsoir-bonsoir

C’est le nouveau chapitre qui s’écrit chaque jour à une vitesse folle. Celui où je glisse lentement mais sûrement vers le rôle de mentor, d’assistant, d’entraîneur. Compter moins souvent et devenir un passeur. Moi qui aime bien l’ombre, ça me convient parfaitement. Car chez nous, maman, c’est la spontanéité, le fun, le charisme à l’état pur. Papa, c’est le planificateur, le technicien, mais aussi le casseux de party qui voit les nuages au loin même quand le ciel est dégagé.

Hier matin, en 1996, je sortais de l’ENH, je faisais des shows avec Alex Perron et Jean-François Baril, j’apprenais de François Avard. En un coup de vent, me voici à enseigner des principes humoristiques à mon fils qui voudrait écrire de l’humour et à conseiller Delphine pour son talk-show estival… comme sa mère en 1990, qui faisait des chroniques à Souvenirs d’été, une émission animée par Yves Corbeil. C’est aussi encadrer et remettre le plaisir au centre de la vie de Raphaëlle, qui joue maintenant dans la comédie musicale Annie.

Pour boucler la boucle, cet été, je tournerai dans une télésérie en compagnie de mon ami Éric Bruneau. Un show où l’idée de transmission intergénérationnelle se situe au cœur du récit. Je vais camper le rôle d’un entraîneur de tennis. Coacher Éric à la télé comme dans la vie, lorsqu’il réfléchit à sa carrière d’acteur, d’auteur, de producteur, d’acheteur d’une maison, bref, une série aux allures de métaphore de nos propres vies.

Il est révolu, le temps où je donnais des ordres. Terminé, le «va dans ta chambre». Le ton et l’attitude sont bien différents. Mes enfants ont maintenant besoin d’un appui, d’une ressource pour écrire leur propre chapitre. La transmission, c’est guider sans dicter. C’est parfois aussi les regarder prendre le champ, parce que ça fait partie du processus d’apprentissage. C’est faire preuve d’humilité et accepter de faire partie du spectacle, mais dans la coulisse. Et c’est aimer. Fort. Inconditionnellement. C’est la portion qui m’angoisse le moins.

 

Photo de Louis : Andréanne Gauthier
Photo de Delphine : Karine Dufour (Bonsoir Bonsoir!)

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  1. Pierrette Gauthier dit :

    Très beau texte, monsieur Morissette. Très touchant. Humour et amour.

  2. Nathalie vigneault dit :

    Tellement vrai , maman de 3 enfants merveilleux je dit
    souvent que maintenant je n’ai qu’a les regarder évoluer et s’épanouir en tant qu’adulte (c’est juste du gros bonheur ) On m’avais dit a leur naissance que j’allais les aimer de plus en plus ,je ne croyais pas que c’était possible . La vie m’a prouver le contraire … j’aime maintenant les adultes qu’ils sont devenu . Juste merci la vie ❤️❤️

  3. Dominique Boisvert dit :

    Un texte à la fois touchant, senti et vrai – bravo Louis!

  4. Kathleen Fredette dit :

    Tellement la réalité de beaucoup d’entre nous qui voyons nos enfants devenir de jeunes adultes avec de belles valeurs. Je vois mes 3 gars d’une autre façons depuis 2 ou 3 ans et j’en suis fière. Fière de ce qu’ils sont devenus malgré tous les aléas de la vie. En tant que parents nous nous devons d’être à leur côté et de les soutenir dans leur projets et de les guider au besoin.
    Très belle réflexion de ta part !

  5. Lise Borris dit :

    Papa Louis, tu as su m’emouvoir avec ce texte plein de sagesse et de tendresse! Bravo!

  6. France Laiberté dit :

    Quel beau texte venant d’un homme mûr qui sait être tendre et drôle. Bravo Louis!

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