Le mot de Louis : Les hommes de demain

04 Juin 2021 par Louis Morissette
Catégories : MSN / Oser être soi
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Serait-il venu le temps de revoir le modèle de la masculinité traditionnel? Voilà une réflexion que Louis Morissette a entamée il y a quelque temps.

Je ne suis pas différent de la moyenne des ours. Je suis généralement réfractaire aux faux changements et j’apprécie le statu quo qui me réconforte. D’emblée, quand j’entends parler de nouvelles idéologies, je me dis: «Bon, une autre affaire… Arrêtez, y en a pas de problème!» Et là, curieux, j’écoute. Je tente de comprendre le point de vue de l’autre. Parfois j’y adhère, tandis qu’à d’autres moments, je passe à un autre appel. J’ai suivi le même cheminement lorsque j’ai été mis en contact avec l’essai Pour l’amour des hommes, de Liz Plank. Vous ne voulez pas ou ne pouvez pas lire son livre? Allez voir son entrevue à Tout le monde en parle [du 9 mai dernier] sur le site de Radio-Canada.

Sa proposition: revoir le modèle de masculinité traditionnel. Voici une réflexion qui fait son chemin dans ma tête depuis un certain temps. L’idée d’armure portée par les hommes, de la gestion et de l’acceptation de nos émotions, de faire la paix avec nos souffrances passées et présentes me rejoint.

Mise en contexte. Je suis venu au monde au début des années 1970, dans une famille typique qui a été confrontée à un défi atypique: la naissance d’une enfant avec un handicap. Ma sœur est née avec la paralysie cérébrale. Évidemment, le fait d’habiter avec une personne handicapée élève un jeune garçon avec un sens des responsabilités un peu différent. Adolescent, je n’avais pas tant d’amis qui devaient quitter la partie de baseball pour aller changer une serviette hygiénique. Ajoutez à cela un divorce des parents à l’adolescence, et le jeune Louis a rapidement senti, à tort ou à raison, inconsciemment ou non, qu’il devait être «fort» et «fiable».

En théorie, c’est joli. En pratique, c’est peut-être le début d’un cycle malsain. Parce que toute personne vit son lot de peines, de revers et de frustrations. Toujours vouloir être fort et faire office de colonne vertébrale implique d’oublier ses propres émotions. Ne plus s’écouter parce que… ben parce qu’on s’en sacre de tes problèmes, d’autres en ont des plus gros. «T’es chanceux, tu marches. T’as pas mal, t’as pas le droit de te plaindre.» Ça, c’est moi.

Là ou Liz Plank me touche et m’ébranle, c’est qu’elle s’inscrit dans une réflexion qui m’habite depuis plusieurs mois. À travers une série de biais inconscients, j’étais dans un dangereux processus de transmission à mon fils de 16 ans d’une partie de mes défauts, de mes travers, de mes bibittes. J’ai trois enfants (Delphine, 18 ans; Justin, 16 ans; et Raphaëlle, 11 ans). Il est pourtant le seul à qui je m’adressais en ayant en tête ce genre de message: «S’il m’arrive de quoi, c’est toi qui devras prendre ma place pour aider ta mère.» Mes standards n’étaient pas les mêmes avec mon fils qu’avec mes filles. Je ne recevais pas ses angoisses et ses inquiétudes de la même façon que je recevais celles de ses sœurs. Comme il est sensible, j’avais le triste réflexe de me dire: «Il est trop doux, trop soft. La vie va le bouffer tout rond. Y est pas assez tough

J’en parle au passé parce que, depuis plusieurs mois, j’ai changé mon approche. Mon garçon est une personne douce, sensible et empathique; je travaille donc avec lui à partir de ce qu’il est plutôt que d’essayer de le modeler pour qu’il entre dans un cadre qui me rassurerait. Ça veut dire quoi? Ça veut dire lui permettre de verbaliser ses angoisses et de vivre ses peines avant de rebondir. Ça veut dire de m’asseoir avec lui et de lui expliquer que c’est normal d’être effrayé à l’adolescence, d’être angoissé face à l’avenir ou d’avoir peur de perdre la personne qu’on aime. Laisser tomber l’armure, c’est discuter de couple, du respect de l’autre, de consentement, des choses qu’on contrôle ou pas. C’est s’ouvrir sur ses propres faiblesses et parler de ses propres vulnérabilités.

Cet exercice nous apaise et nous rapproche. Messieurs, parlez avec vos garçons… et pas juste de hockey. Mettez de l’éclairage sur votre propre part d’ombre, sur vos faiblesses. Humanisez-vous. De cette façon, votre garçon se donnera le droit d’avoir peur, d’avoir honte, de pleurer. En tant que père, c’est peut-être la chose la plus importante que nous puissions faire pour aider nos filles et notre société. Exprimer vos faiblesses ne fera pas de votre garçon un perdant. Parce qu’un gagnant, c’est quelqu’un qui se relève après un échec. Il faut apprendre à tomber pour mieux se relever.

Bon, je vous laisse, je vais aller montrer à mes filles comment s’occuper de la piscine, de la tondeuse pis du bateau. S’il fallait qu’il m’arrive de quoi…

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  1. Julie Desmarais dit :

    Je trouve cette façons de penser de voir très interessant, une façon différente pour les garçons ; c’est tellement bien expliqué et reconnaître la personne comme elles est et non comme on veux qu’elle soit ! Quel beau cadeau à mette en action pour que nos garçons s’expriment de façon sereine.

    Bravo!

  2. Nathalie dit :

    Tous les hommes devraient te lire.
    Croire à tort que les hommes doivent être fort ,fait qu’ils oublient la sensibilité de l’autre et de ressentir leur propre émotion.

  3. Sylvie dit :

    Ce n’est pas facile d’admettre que les hommes ont des faiblesses et s’en rendre compte afin de s’ajuster et le transmettre à ton fils, encore moins. J’aime ton écriture simple, facile à lire et communicative. Ce que l’on remarque de nos jours, c’est le pouvoir des femmes qui prennent le taureau par les cornes tout aussi bien que les hommes. Il n’y a plus de chef de famille, il y a une  »unification de la famille » femmes ou hommes. Il était temps que l’on enlève le poids sur les épaules des  »hommes » afin d’être celui qui doit être le plus fort. Ensemble nous pouvons faire plus….

  4. Kathleen Duhamel dit :

    Bonjour Louis,

    Ce que tu partages depuis tes débuts dans le monde artistique, sur la tribune publique, à cœur ouvert, est vraiment ‘’SHARP ‘’ pour nous, québécois qui avons toujours su se démarquer par notre grande ouverture, notre force d’innover / créer, de manières humaines et… tellement peux prétentieuses…
    Effectivement, beaucoup de différents entre nous, hommes &femmes… Cependant, l’ ‘’ART ‘’de communiquer, une richesse que nous nous devons de promouvoir et ce, par le biais, entre autre, de l ´écriture, comme tu sais si bien nous le rendre… Une belle générosité, sans équivoque et en toute humilité, que tu exposes,´ et ce, par le biais de plates-formes de tout genres de communication… Certes (et sous toute réserve) apprécié par un lot de gens de type fûté et engagé… En primeur avec ça, un humour inconditionnel et parfois même, (pour ne pas dire souvent) cynique, qui, nous ‘’détime’’ tou jours, là où on ne le vois pas venir…;) En fait, t’es vraiment ‘’ Con’’ quand tu veux!! Lol!!
    Sache que je partages ma vie avec un gars (que tu connais d’ailleurs ;)) depuis plus de 38 ans, et il est relativement de la même école de pensée que toi (et presque de même génération)… Notre fils Gabriel, 24 ans, a reçu le même type d’éducation par son père que celui dont tu nous a partagé précédemment… En effet, les standards et valeurs ont radicalement changé depuis les années ‘70… Pouvoir se maintenir à jour, au moment où l’on se parle et ce, dans le fameux ‘’Équilibre & Acceptation ‘’ de tout ces nouveaux modes de vies qui nous bousculent au quotidien, ‘’PRICELESS’’!!!
    C’était mon p’tit commentaire suite à la lecture de ‘’Les hommes de demain’’… Merci de nous avoir partagé!!👌
    Sur ce, je quitte et sortirai les vidanges tant qu’à faire…

    Kathleen

  5. Nathalie Ares dit :

    Wow! Louis tes textes sont toujours pertinents. Ta volonté à vouloir t’améliorer et ton ouverture d’esprit ne sont malheureusement pas donner à tous mais je crois que la nouvelle génération y sera plus encline à se regarder de l’intérieur. C’est avec des textes comme le tien, un pas à la fois qu’on va y arriver.
    Magnifique reflexion de ta part.
    Vero et toi vous êtes parties prenantes des changements , vous semez une graine de reflexion dans la tete des gens pis c’est ce qui faut pour faire de grand virage.
    Bravo

  6. JacintheLaporte dit :

    Magnifique chronique. Merci de ta force devant l’acceptation de la vulnérabilité : la tienne, puis celle de tes enfants. Finale très comique. Même génération : je reconnais mon père, mon frère, mon mari…

  7. Micheline Ulrich dit :

    Merci pour cette reflexion et ce beau texte. En essential une grande diffusion.
    Ayant élevé mon fils seule, j’espère que je lui ai transmis certaines de mes valeurs et j’aime beaucoup l’homme sensible, présent et disponible aux autres qu’il est aujourd’hui!

  8. Shirley Thivierge dit :

    Bravo Louis! Tellement bien dit! J’adore ce texte. Cette approche avec nos jeunes hommes en devenir est une belle manière de changer en mieux la société. Tu gagnes franchement à être connu par tes écrits. Très inspirant! Merci

  9. Nathalie Touchette dit :

    Ahhh! Merci de partager cette facette, je pense que ça rejoind beaucoup d’hommes de votre génération (qui est aussi la mienne). Effectivement, il faut avoir une approche avec nos enfants en respectant leur personnalité. J’adore vos chroniques, ainsi que l’ensemble de votre travail.
    Nathalie

  10. Diane Lepage dit :

    Toujours les bons mots . Ah que j’aime te lire .

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