Le mot de Louis : Qui est Véronique Cloutier?

29 Août 2022 par Louis Morissette
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Louis Morissette nous donne sa perspective sur l'avenir des contenus culturels québécois, qui peu à peu disparaissent face aux géants américains.

Dans les années 80, à Drummondville, quelqu’un qui parlait couramment l’anglais était aussi rare qu’un bouchon de circulation sur le pont Saint-Charles ou un végétarien au Jucep*. Trente ans plus tard, les trois se sont rendus à Drummond. Le pourcentage d’unilingues francophones fond d’année en année, mettant en péril ce qui protégeait notre culture : la barrière de la langue.

Ah oui, on pouvait regarder Bob Barker à The Price Is Right et crier des «higher… non, lower», mais on regardait surtout des films en français, des séries en français, et quand on chantait en anglais, on inventait des paroles. Je vous dis pas le nombre de tounes que j’ai redécouvertes une fois que j’ai eu appris l’anglais. Je m’excuse auprès de Tears For Fears et de Gowan d’avoir autant massacré leurs oeuvres. Comme bien des gens de ma génération, j’ai continué de consommer la culture québécoise même en apprenant la langue de MTV parce que je connaissais et aimais la culture québécoise. J’avais grandi avec Yvon Deschamps, Claude Meunier, Ginette Reno, Jean-Pierre Ferland, Luc Plamondon, Denys Arcand. Ils étaient des figures importantes dans ma façon de voir le Québec. Grandir en français nous forçait à «acheter local».

Nous voilà dans les années 2020 et un nombre important de jeunes parlent couramment l’anglais. Mes propres enfants communiquent dans les deux langues avec pour résultat que, dans ma propre maison, je perds régulièrement la bataille contre les grandes plateformes comme Netflix ou Amazon. Plan B ne fait pas le poids contre Stranger Things. Si Véro a de la difficulté à maintenir l’intérêt de ses propres enfants pour une CHAÎNE QUI PORTE SON NOM, je suis bien inquiet de l’intérêt que portent à notre travail les jeunes de Laval, de Sainte-Julie ou de Beauport.

Dans quel état sera la culture populaire québécoise quand nous, la génération Petite Vie, ne deviendrons plus intéressants pour les annonceurs et que nos enfants ou petits-enfants seront la génération des citoyens du monde, branchés sur le Web et son offre infinie? Même la MLS (Major League Soccer, dont fait partie le FC Montréal) vient d’annoncer que ses matchs ne seront plus diffusés à TVA Sports, mais plutôt sur la plateforme Apple. Oui, le pouvoir infini du câble achève.

On peut s’inquiéter. On peut aussi faire des choix de société. Il faut revoir le financement de la culture, notamment en taxant les nouveaux joueurs et les fournisseurs d’Internet. Pour ma part, je propose de bâtir un programme de sauvetage de la culture populaire québécoise en la plaçant au coeur du programme scolaire. Pour semer la graine de l’intérêt pour la culture chez les jeunes. Avant qu’il ne soit trop tard et qu’on devienne une sorte de Louisiane, on doit obliger les jeunes à étudier les oeuvres des créateurs d’ici. Dès le secondaire 1, chaque année scolaire devrait provoquer la rencontre entre les jeunes et des oeuvres littéraires ou cinématographiques d’ici. Et deux fois par année, les classes devraient obligatoirement sortir pour assister à un spectacle d’humour, de musique, de danse, de théâtre, etc.

De cette façon, nous pourrons garder vivante cette richesse qu’est notre culture. J’en entends dire: «C’est ben certain, tu prêches pour ta paroisse, mon Loulou.» C’est évident que je veux que notre industrie survive: je crois à sa force économique, mais surtout à son pouvoir identitaire. Bien franchement, dans 25 ans, je ne serai plus un artiste actif, alors ce n’est pas pour mon REER que ça m’angoisse. Ça m’angoisse parce que sans culture, sans langue française, le Québec deviendra, comme les autres provinces du Canada, une succursale culturelle des États-Unis. Nous perdrons ce qui nous définit, ce qui nous rend uniques. Je ne parle même pas de souveraineté, un sujet qui passionne autant les jeunes que de savoir si le but d’Alain Côté était bon («Alain qui, papa?»), je parle d’ADN, je parle d’histoire, je parle d’être distinct.

La culture rassemble, la culture porte à réflexion, la culture donne des voix à des gens plus marginaux, la culture donne une couleur à une société. Il était plus facile d’être dans le même autobus culturel quand il y avait seulement deux postes de télé et que 95 % des gens de l’autre bord des ponts de la métropole étaient unilingues francophones. Mais les règles changent. L’immigration est en hausse, l’anglais est omniprésent dans nos vies et le candidat en tête des sondages dans la course à la chefferie du Parti conservateur est fier de promettre des coupures à la CBC/SRC. Si on ne bouge pas rapidement, «Qui est Véronique Cloutier?» ne sera plus qu’une question parmi tant d’autres dans un triste quiz commandité sur la chaîne d’une Tiktokeuse de Brossard.

Là où la poutine fut inventée*. Si vous voulez contester cette affirmation, je vous donne rendez-vous à 4 heures au rack à bécyk.



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  1. Linda dit :

    Bien dit!!! J aime bien l idée du Programme de sauvetage de la culture populaire québécoise. Elle est riche cette culture. Il faut la préserve!

  2. Joan Chrétien dit :

    Bonjour! Je partage l’opinion de Louis. Je suis une enseignante retraitée du primaire. Une des leçons hebdomadaires que je donnais à mes élèves était d’apprendre par cœur (pour développer la mémoire) un poème. Ils avaient 4 jours pour le savoir sur le bout de leurs doigts. Ainsi, ils ont appris « Attends-moé toi-gars… » de Félix Leclerc, «Les grands cerfs-volants blancs » de Gilles Vigneault, « Pic bois » de Beau Dommage, etc. Ces poèmes étaient toujours accompagnés de musique. Nous les chantions le matin et le midi en entrant en classe. Les élèves apprenaient leur poème en le cherchant sur la toile et ils chantaient avec leurs parents. Et le par cœur se transformait en bonheur. Pas de test, pas d’échec, mais tous réussissaient le défi de savoir le poème en 4 jours. Le bonus ? La qualité du vocabulaire… en français!

  3. Louis Rousseau dit :

    Lors du dernier débat Dominique Anglade a dit que ses trois ados étaient accrochés aux sites anglophone. Elle prétend vouloir défendre la culture française, mais chez elle, elle ne fait rien pour inciter ses enfants à consulter les sites français.

  4. yvonne morissette dit :

    Bravo Louis,
    Vous avez raison sur tout. Il nous faut nous battre pour nous culture québécoise (langue, théâtre, littérature, émissions de radio et de télévision, etc. Je suis professeure de français et j’enseigne à distance à des étudiants tant québécois et étrangers. Parler plusieurs langues correctement n’est pas aussi facile qu’on veut bien le dire ou qu’on le prétend. Toutes les langues ont leurs difficultés réelles. Selon moi, seuls les interprètes qui ont la pratique régulière de deux ou trois langues arrivent à parler correctement plusieurs langues, et ce, parce que ceux-ci les pratiquent quotidiennement. Des fautes de syntaxe, de grammaire ou de ponctuation, j’en relève quotidiennement chez nos journalistes. Par exemple, j’entends régulièrement : <> alors qu’il faudrait dire << Les documents dont je t'ai parlé (le verbe parler demande un complément indirect, d'où le dont et non que). Et je ne parle pas de la conjugaison des verbes à plusieurs temps. Je suis pour le principe de maîtriser d'abord et avant tout la langue maternelle avant d'aller vers d'autres langues. La mode excessive de l'anglais a déjà fait disparaître plusieurs langues, et cela est fort dommage. Pour avoir vécu de nombreuses à l'étranger, j'étais contente de revenir au Québec et de retrouver sa richesse culturelle. Nous sommes un peuple riche et dynamique. Pour conserver notre richesse culturelle et innovatrice, nous devons faire notre INDÉPENDANCE. Vive le QUÉBEC LIBRE et cela URGE"

  5. Caroline Boudreau dit :

    95% d’accord avec l’ensemble des propositions ! Mon 5% est associé à l’omission du rôle des parents comme premiers passeurs culturels de leurs enfants. Si les parents eux-mêmes n’ont pas la curiosité d’aller voir ailleurs que sur TVA ou tou.tv les offres culturelles francophones qui sauront stimuler leurs enfants, il semble aussi manquer une partie de l’équation.
    Je crois énormément dans les bienfaits de notre système scolaire public, mais il me semble que « l’école a le dos large » et qu’une partie de ce travail devrait aussi se faire à la maison les soirs, la fin se semaine et pendant les vacances…

    L’université de Sherbrooke a d’ailleurs instauré un projet « Passeur culturel » pour les futurs enseignants. À quand un semblable pour les parents?

  6. Marie Josée Lemay dit :

    C’est du solide venant d’un gars crédible…j’ai partagé sur mon fil au cas où il y a encore un peu d’influence possible!
    Merci d’être là !

  7. Kathy dit :

    Bien d’accord Louis. Merci. Et si tu en parle a M. Gilles Proulx, il va être aussi d’accord avec toi. Voilà un fervent de la culture Québécoise, de l’histoire et de la langue française. Bonne journée

  8. Carole Leblanc dit :

    Tout à fait d’accord.

  9. Francine dit :

    Tellement d’accord avec toi, Louis. On se sent agressés par les TikTok, Netflix, Amazon etc… et malheureusement, les gens délaissent la télé conventionnelle. Mais, à lire le commentaire précédent, je désespère face à notre belle langue française !!! Bien l’apprendre, bien l’écrire et surtout, s’intéresser à ce qui se passe en matière de culture francophone sur toutes les plateformes comme Radio-Canada, KO (!) TV5, etc. et tâcher d’éviter de niveler par le bas ….

    Francine

  10. Nicole dit :

    Belle réflexion.
    Belle écriture.
    Bravo.
    Merci de votre engagement.

  11. Sophie Pelletier dit :

    Il y a un certain temps de ça, j’ai habité à Toronto. Et j’ai vécu exactement ce que tu décris ici. J’aimais bien la ville mais il me manquait quelque chose. En creusant un peu, je me suis aperçue que les habitants de Toronto n’avaient pas de culture à eux. Ils n’avaient pas leurs propres émissions de télé, leur propres chanteurs, leurs propres humoristes. Ils avaient une culture internationale. Et je trouvais que ça manquait.
    Heureusement que je pouvais me tourner vers la culture québécois pour garder un lien avec qui j’étais et me souvenir de où je venais.
    Svp! Ne perdons pas ça! Le Québec est unique. Les québécois sont riches en culture. Gardons là bien vivante !

  12. Danielle Parent dit :

    Bonjour Nancy,
    J’apprécie sincèrement ton commentaire à Louis, dans lequel tu lui demandes comment tu pourrais aider la cause du français. Je me permets bien gentiment de te suggérer de commencer par améliorer ton français écrit. Je sais que c’est une langue difficile à maîtriser, mais plusieurs outils, dont la lecture, s’offrent à toi pour y arriver.

  13. Nancy dit :

    Salut à toi

    Je suis tout à fais d’accord avec toi

    Sa serai vraiment intéressant que les écoles parle plus de nôtre culture de notre patrimoines mêmes que sa devrais être une matière importante et que même pour que tout ceux qui viennent d’ailleurs et donc leur enfants viennent dans nos écoles savent qui nous sommes vraiment nous les Québécois
    Le
    Système scolaire devrai dans leur activité scolaire ne pas juste privilégier les voyage à l’extérieur du pays
    Il devrai remettre les activités scolaire comme aller visiter
    Les musées
    Les théâtres
    Faire découvrir et mettre en première plan nos artistes d’ici

    Chez moi aussi c’est les 2 langues mais j’ai implanté avec mes enfants que si on parle en anglais l’autre dois répondre en français

    Je sais que t’es une personne très occupé avec tous tes beau projets
    t’es une belle personnalité public qui peu sûrement faire une pub ou une conférence sur le sujet
    Je serai une des premières à t’appuyer et si je peu faire quelques choses de mon côté pour aider je suis partantes
    Merci pour ton beau travail et les belle réflexion que tu apportes pour notre société!!!

  14. Cardinal dit :

    Merci à Louis Morrissette pour cette intervention « musclée «  YES ! mais combien nécessaire !!!

  15. Lucie Lahaie dit :

    Et oui, je connais la maison des Morissette derrière le Jucep. Oui, je connais le père de Louis, Jacques Morissette. Dans le sous-sol de note maison de la rue des Érables, Jacques, ami de mon frère Serge a dansé avec moi et les Platters, c’était très romantique… Et oui, pendant cette adolescence nous avons inventé la Poutine. Ce mélange de frites et de fromages en grain que nous mettions dans les petites boîtes de cartons qui servaient habituellement à mettre les hotdogs et les frites. Et comme nous mangions également des frites-sauce, on vidait notre petit sac de fromages dans la frite-sauce. Et la poutine est née.
    Et plusieurs années plus tard, quand je retournais à Drummondville avec mes enfants, la poutine du Jucep était un passage obligé. Au moins, cette culture culinaire a étendu son hégémonie sur le monde.
    Mes salutations au père de Louis

  16. Aline André dit :

    Ça m’a fait du bien de lire cet article . Vous m. LOUIS, je ne vous connais pas beaucoup mais VERO, tous saves qui elle est et c’est une fierté pour le QUEBEC, elle a travaillé très fort. Je vous remercie beaucoup…

  17. Nathalie dit :

    Un très bon texte qui me rejoint beaucoup. Si on ne fait pas d’effort maintenant, qui le fera?

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