Le mot de Louis: Un simple «pourquoi?»

08 Jan 2021 par Louis Morissette
Catégories : Culture / MSN / Oser être soi
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J’ai profité des longs mois de confinement sans spectacles, sans restau­rants et sans hockey pour évacuer mon sevrage de Pierre Houde en regardant plus de téléséries qu’à l’habitude.

J’ai notamment vu le documentaire The Social Dilemma sur Netflix (oui, je peux parfois regarder autre chose que Véro.tv). Je vous le recommande fortement, même si j’ai tristement appris peu de choses.

Je sais que je suis constamment «monitoré» par des algorithmes, que mon téléphone en sait trop sur moi et que les likes ont un effet néfaste sur des milliers de personnes, particulièrement les jeunes, qui se définissent dans l’œil de l’autre. Et c’est tragique que je ne sois plus indigné devant tout ça. J’ai abdiqué, probablement parce que je suis dépendant des systèmes mis en place.

Là où j’ai été sonné par le docu­mentaire, c’est lorsque la production rappelle et démontre à quel point nos réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram) sont programmés pour nous nourrir de points de vue qui nous réconfortent. Les réseaux sociaux ne sont plus des lieux d’information. Ils deviennent des lieux de propagande où les gens ne font que s’abreuver des paroles de personnes qui pensent comme eux. Combien de fois vous êtes-­vous dit: «Comment quelqu’un peut­-il croire les âneries de Donald Trump? Comment peut­-on croire que la COVID­-19 est une machination d’une élite mondiale?» Réponse: parce que cette personne ne consulte que des publications qui vont dans le sens de ses croyances. Nous nous retrouvons dans une guerre des clans, où chaque clan ne parle qu’à des convertis et n’écoute plus le point de vue de son adversaire. On finit par ne répéter que ce qu’on entend, en oubliant de remettre en question certaines données qui nous sont balancées, de prendre le temps de se demander pourquoi nous pensons ainsi ou de demander à l’autre: «Pourquoi tu penses ça?»

La présence de Mathieu Bock­-Côté à l’émission Tout le monde en parle, le 6 décembre dernier, a fait une belle démonstration de notre incapacité à débattre, de l’incompréhension du point de vue de l’autre et de la pauvreté des discussions sur la place publique. À la treizième minute de l’entrevue, Dany Turcotte insinue que Bock­-Côté est un radical, qu’il est «à l’autre bout du spectre». Ce à quoi Bock-­Côté répond: «Pourquoi?» Turcotte patine un peu. Bock­-Côté enchaîne: «Mais encore?» Dany conclut son affirmation avec un «je ne sais pas quoi vous dire». Un simple «pourquoi?» resté sans réponse, qui représente bien la société actuelle.

Je m’en confesse, j’ai très peu d’atomes crochus avec Bock-­Côté. Ses positions sur le racisme systémique et son protectionnisme identitaire m’exaspèrent. Mais il n’a pas tort 100% des fois où il s’exprime. Je compte d’ailleurs lire son essai [NDLR: L’empire du politiquement correct] dans les prochaines semaines. Si je suis pour détester quelqu’un, au moins je saurai pourquoi je le déteste. Et c’est là que les Québécois me dépriment, parfois. On veut faire taire ceux qui ne partagent pas notre point de vue sans même avoir écouté le leur. Paradoxalement, quand on prend le temps de jaser avec l’autre, on réalise souvent que nos positions ne sont peut­-être pas si éloignées qu’on le croyait au préalable.

Demandez à quelqu’un: «Pourquoi t’as peur de l’immigration? Pourquoi ça te choque autant que Jay Du Temple porte du vernis à ongles? Pourquoi tu dis que le racisme n’existe pas? Tu travailles avec combien de Noirs? Tu en as vu combien acheter une maison au pied de Tremblant cette année?» Échangez… Vous allez voir que votre point a de bonnes chances de gagner, car les gens sont malheureusement souvent très mal informés.

«Wô, Morissette, Donald Trump n’a pas pris que des mauvaises décisions, tu sauras!» Certes, il a fait des choses intéressantes. Mais il faudrait d’abord définir «bonnes» et «mauvaises» décisions. Pour moi, valoriser systémati­quement la libre entreprise et l’économie, c’est creuser l’écart entre les riches et les pauvres. Ça, c’est effriter le tissu social. Et ça, c’est plus dommageable que la baisse du Dow Jones. Pour moi. Vous n’êtes pas d’accord? Écrivez­-moi, je vais vous lire.

Questionner. Se remettre en question. Se demander: «pourquoi?» Écouter le point de vue des autres. Et se forcer à consulter des articles et des éditorialistes qui ne nous rejoignent pas d’emblée. Il pourrait également être judicieux de ne pas toujours s’informer à la même source. La Presse a des affinités avec des gens ouvertement fédéralistes, Radio-­Canada a un mandat pancanadien et Québecor appartient à un homme qui rêve d’être à la tête d’un Québec souverain. Je n’accuse personne, mais je vous conseille de varier vos sources. Vous croyez que les salles de nouvelles sont imperméables à toute forme de ligne éditoriale? OK… J’imagine que vous croyez également à la fée des dents ou à la défense d’Éric Salvail?

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Photo: Andréanne Gauthier

 

 



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  1. Hélène Dubė dit :

    Tout un article Louis ,,,,tu as tellement raison ! Mais il y a une chose que je n’arrive pas à comprendre …….pourquoi ,quand j’émet un commentaire ,je fais rire de moi ou je me fait insulté sur mes idées et sur mon âge ! Malheureusement, la libre expression est souvent  » one way  » !  » Lis pis farme ta yeule  » ……. j’ai pas de tribune comme la tienne ,mais je sais une chose ,si tu post un autre texte ,je vais le lire et te partager mon opinion sans rire de toi et ça, je te le jure! Bravo et au plaisir de te relire ………J’AIME 😉🤗

  2. Jonathan dit :

    Article très intéressant et tellement vrai. Merci d’avoir partagé.

  3. Jean-François Gaudet dit :

    Agréablement surpris,par l’intelligence du propos…….. je savais qu’il es un gars intelligent , avec du bon sens. Mais qu’il puissent nous donner une opinion pesée et cohérente …… je trouve ça intéressant …..
    On prend une bière quand tu veux …..et sans jaser de hockey ou de char.

  4. Caroline dit :

    Je dis juste « t’as ben raison »
    j’ai eu le même discours avec mes enfants, neveu, nièce, gendre, sœur et le beauf avec. Wo t’es paroles tu les surveillent et penses-y avant d’émettre un jugement, une idée, voir même ta ligne de penser. L’éducation c’est pas juste les math et le français, mais aussi la façon de voir les choses, comment les traiter et surtout comment les divulguer.

  5. Christiane Garneau dit :

    Très intéressant Louis, je retiens de valider ce que l’autre a comme arguments avant de me braquer lors d’une discussion. Merci! Je serai une meilleure personne, sinon, j’aurai de meilleures discussions.

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