Le mot de Véro: silence!

04 Juin 2020 par Véronique Cloutier
Catégories : Oser être soi
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Étant donné le contexte de la pandémie, Véro avoue avoir eu du mal à trouver de quoi parler dans son édito du numéro d'été.

Alors nous voici en pleine pandémie. Au moment d’écrire ces lignes, le déconfinement progressif des régions est amorcé. Pour Montréal, on parlait récemment du 25 mai, mais à la grand-messe de 13 heures aujourd’hui, le PM a laissé sous-entendre que la date pourrait être encore repoussée.

Bref, nous devons publier un magazine au début juin et celui-ci, contrairement au numéro de printemps qui n’abordait pas du tout la Covid-19, est conçu entièrement avec les deux mains – bien savonnées – dedans.

J’en profite d’ailleurs pour remercier du fond du cœur l’équipe qui a produit ce magazine entièrement à distance, tout en jonglant avec les enfants à la maison, un membre de la famille mal en point, une laveuse qui brise, un chat à faire soigner, de l’anxiété à gérer, la solitude, l’inquiétude, le conjoint qui parle trop fort sur Zoom, la repousse de cheveux qui gruge lentement l’estime de soi… Bon, il ne nous est pas arrivé tout ça (quoique… pas loin), mais ça illustre bien le chaos qui règne chez tout le monde depuis la mi-mars.

Dans ce contexte, on demeure tout de même des privilégiés et j’envoie de douces pensées à ceux et celles qui n’ont pas la chance de travailler présentement et qui ignorent ce qui les attend après la crise (certains membres de notre grande famille professionnelle sont aussi dans cette situation). J’ai réfléchi longuement à ce que je pourrais bien avoir à vous dire dans les circonstances.

Je n’ai pas trouvé. Comme vous, j’ai tout lu et tout vu sur le virus. Les journaux, les réseaux sociaux (trop, beaucoup trop de réseaux sociaux). Les émissions spéciales, les dossiers de La Presse+, les journalistes et analystes sur Skype, les cheveux longs de Patrice Roy, le fond de teint de Pierre Bruneau. Je sais TOUT de nos vedettes en confinement. J’ai écouté toutes leurs chansons et regardé toutes leurs vidéos pour nous divertir, nous émouvoir. J’ai vu tous les mèmes sur Instagram (faut bien rire aussi!). Fabien dans sa shed. Marie-Soleil et son bac de vaisselle. Je n’ai pas manqué un seul point de presse (fédéral et provincial), des tartelettes d’Horacio jusqu’au manteau oublié de Trudeau en passant par les paroles encourageantes de Legault et les mercis aux gens dociles de la ministre Guilbault.

J’ai lu sur toutes les théories du complot, Bill Gates, la chloroquine, les chauve-souris, Trump et ses shooters de Lysol. J’ai été émue par les initiatives de solidarité et les émissions hommage. J’ai le cœur brisé par le sort des aînés morts seuls, par la détresse du personnel de la santé, par le chagrin de tous ces gens, l’atrocité de tous ces deuils. J’ai lu tous les statuts Facebook de gens qui sont allés aider et en sont ressortis meurtris.

Silence!

J’ai affiché les arcs-en-ciel de ma fille dans notre fenêtre. J’ai mis le mot-clic #çavabienaller partout, j’y ai cru, je m’en suis écœurée, j’ai valsé pendant des semaines entre l’optimisme et le cynisme, parfois les deux en même temps. J’ai promu l’achat local. Je me suis accrochée à la sagesse de Boucar et à tous ces textes qui nous disaient que «la vie ne serait plus jamais la même après», qu’on allait «devoir apprendre de ça» (je ne sais plus trop où j’en suis à ce propos, d’ailleurs, mais mon mari livre une intéressante réflexion là-dessus à la page 130 du magazine).

Je disais donc que j’ai cherché quoi écrire. Je n’ai pas trouvé. J’ai besoin de silence. L’été se pointera dans quelques jours. Ça, ça ne change pas. En période de tragédie ou de pandémie, le temps et les saisons passent. Une rare certitude. Peut-être que ce sera un été confiné. Je le passerai encore collée sur les miens. Ou pas. Je ne sais pas. Ce sont ces quatre mots que j’ai prononcés le plus souvent depuis le 13 mars: je ne sais pas.

Mais j’ai envie de me reposer l’esprit. D’apprivoiser l’inconnu doucement. Si ça se peut. Je vous laisse, ma plus jeune veut faire un Tik Tok… parce que la vie continue, malgré tout. On repassera pour le silence… Bon été et bonne lecture! xxx

 

À voir: 

Magazine VÉRO: Les coulisses d’un cover en mode COVID

 

Photo: Andréanne Gauthier

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  1. Caroline dit :

    Wow! Tu viens de me faire un grand bien… nous avons été bombardé d’information, beaucoup trop en se questionnant sur ce que serait la vie après . Je suis de retour au travail de puis 1 mois et j’essaye toujours d’apprivoiser ma nouvelle … notre nouvelle réalité. Je dois faire face à ceux qui n’ont pas changé leur habitude et qui nous trouve paranos et ceux qui en font une obsession. Trouver notre nouvelle normalité ce sera cela au cours de prochain mois …

  2. Céline dit :

    Merci Vero! Ça fait du bien à lire! Je suis une grand-maman de 4 petits enfants, j’aI 57ans et moi aussi je ne sais pas quoi dire!

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