Pénélope McQuade: citoyenne avant tout

02 Oct 2020 par Laurie Dupont
Catégories : Oser être soi / Véro-Article
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Pénélope McQuade soufflera ses 50 bougies en novembre. Elle cumule 27 ans de carrière en tant que communicatrice hors pair. Et c’est en passant de la télé à la radio que Pénélope a réussi à se libérer de certains de ses démons. Rencontre.

Je saute dans la douche et je t’appelle à 13 h 15», m’écrit Pénélope via Messenger. Voilà mon année 2020 résumée en une phrase sur le plan des communications. Et bien que ce soit ma énième entrevue à distance réalisée au cours des derniers mois, celle-ci recèle une saveur assez particulière: l’intervieweuse à interviewer a un je-ne-sais-quoi d’intimidant et d’ultramotivant en même temps. À 13 h 15 et des poussières, c’est une Pénélope avec un foulard bordeaux noué dans les cheveux et une camisole vert menthe – si l’écran de mon téléphone rend bien les couleurs – qui apparaît. Après les salutations d’usage et les formules de politesse, notre entretien ne pouvait commencer que d’une seule façon…

Citoyenne avant tout

Nous sommes le 23 juin, soit presque un mois jour pour jour après le meurtre sordide de George Floyd. Dans la foulée du mouvement Black Lives Matter, l’initiative #partagerlemicro (#sharethemicnow) est venue aux oreilles de Pénélope, qui a alors décidé d’offrir sa tribune – soit son compte Instagram –, à trois personnalités noires aussi différentes que pertinentes (les entrepreneurs Fabrice Vil et Carla Beauvais, et l’autrice Marilou Craft). Un 72 heures d’apprentissage sans précédent, selon la principale intéressée: «Pendant ces trois jours, je regardais constamment mon fil Instagram, je prenais note des comptes à suivre, des livres à lire. Parce que quand on le regarde, notre fil, on remarque rapidement que la majorité des gens [qu’on suit] nous ressemblent… Cette initiative m’a donc permis de m’abonner aux comptes de plein d’autres personnes et d’ouvrir mes horizons sur des univers que je connaissais moins.»

Un félin ultracolleux prénommé MoMo saute alors sur sa maîtresse qui continue à me parler comme si de rien n’était, alors que son chat ne cesse d’exécuter des allers-retours sur ses cuisses.

«C’est quelque chose que j’aurais dû faire avant, dit-elle à propos du fait de partager sa tribune avec autrui, et je crois que je vais développer le réflexe de laisser ma plateforme à d’autres, par exemple à des artistes qui ont moins de visibilité. C’est un peu comme ce que je fais à la radio, au fond, c’est-à-dire donner le micro aux gens, au lieu de parler d’eux… sans eux. Je n’avais pas l’automatisme d’utiliser ainsi mes réseaux sociaux, comme s’ils n’étaient pas des médias – mais ça en sont, des médias, quand on a des dizaines de milliers d’abonnés.»

Aussi précieux soient-ils pour ce genre de promotion du beau et de la différence, les réseaux sociaux peuvent aussi sombrer du côté obscur de la force. En juin dernier, à la suite de commentaires désobligeants qu’elle a reçus, Pénélope a publié cette story sur Instagram: «Je me demande toujours si je dois garder le silence et me le faire reprocher ou m’indigner dans l’espace public et me le faire reprocher. Vous choisiriez quoi?» Car LA bonne décision, celle qui fera l’unanimité, n’existe pas. «Si je ne parle pas, je me le fais reprocher, affirme l’animatrice, mais si je me prononce, on s’insurge en me disant qu’on n’avait pas besoin d’une autre cause appuyée par la gaugauche-bobo- caviar, qui est payée avec nos taxes et qui fait du prêchi-prêcha.»

Est-ce que ces commentaires blessants et non sollicités provenant du public vont venir à bout de l’indignation de Pénélope sur les médias sociaux? «Non, c’est sûr que je vais continuer à m’indigner et à trouver que l’injustice est trop présente dans notre société et sur nos réseaux sociaux. Tout ça va continuer de me mettre en colère, mais je vais essayer de la canaliser autrement. Je pense que je vais continuer à m’exprimer en délaissant l’opinion pour plutôt partager de l’information, parce que l’heure est à l’éducation. Il faut vraiment faire le pas de l’indignation vers l’éducation.»

À l’écoute

Et hop! Pénélope envoie doucement MoMo par terre, lasse que sa queue lui passe toujours à quelques millimètres du nez. J’en profite pour faire bifurquer la conversation sur son plus récent bébé professionnel, soit l’émission de radio qui porte son prénom et qu’elle anime à ICI Première. Même si, au moment de l’entrevue, elle était en vacances bien méritées, Pénélope s’illumine lorsqu’elle parle de ce mandat qui lui tient visiblement à cœur.

«Quand je suis arrivée à Radio-Canada, j’ai entendu dire à plusieurs reprises que la société d’État faisait du nivellement par le bas. D’accord, peut-être que j’arrivais avec une proposition moins pointue et plus populaire, mais je possède une belle humanité, une grande empathie et un humour plus décoincé. D’un côté, oui, une certaine part du public y perd, mais de l’autre, beaucoup y gagnent. Les cotes d’écoute sont excellentes, et même à la hausse cette année. Alors force est d’admettre que certaines choses plaisent au public. La clé de tout ça? C’est de faire mon boulot dans l’humilité.»

Mais serait-ce de la fierté que j’entends dans la voix de cette perfectionniste avouée? «Je suis très satisfaite de cette première saison de radio, confirme l’animatrice. D’abord, parce que j’ai réussi à y prendre plus de plaisir qu’à perdre de l’énergie. Et puis, j’ai eu du temps. J’ai pu m’installer et faire des entrevues d’une demi-heure, ce qui a fait baisser mon anxiété de performance. J’ai pu être dans la profondeur plutôt que dans le papillonnage. Je n’ai jamais dit ça après une saison, mais pour moi, c’est mission accomplie.»

Cette «mission accomplie» signifie beaucoup pour celle qui a l’habitude d’être plutôt dure envers elle-même. Je me demande ce qui, ordinairement, peut la rendre si insatisfaite de son rendement. «À la télé, j’avais le trac, confie-t-elle, ce qui ne me permettait pas de profiter du moment présent. Et le rapport à mon image était un problème. Je n’arrivais pas du tout à me regarder, je gesticulais trop et je remarquais tous mes tics.»

 

J’avais 47 ans lorsque je me suis fait injecter du Botox pour la dernière fois, mais tout ça a quand même duré 12-13 ans.

Au-delà des apparences

À l’émission Tout le monde en parle du 3 mars 2019, Pénélope s’est ouverte sur les interventions esthétiques auxquelles elle avait eu recours durant les dernières années. Elle a mentionné avoir arrêté les injections afin de voir et de connaître sa face de 50 ans. Il ne reste maintenant plus que quelques mois avant qu’elle l’atteigne, ce fameux chiffre rond.

Intéressée par tout son cheminement, je demande à Pénélope comment est née cette envie de modifier son apparence. «J’avais deux grandes rides ici qui me dérangeaient beaucoup, dit-elle, touchant du bout des doigts chaque côté de son nez en forçant un sourire. J’avais 35 ans. J’ai donc fait cette intervention, puis je n’ai plus touché à mon visage pendant plusieurs années. Par la suite, j’ai eu de grosses pattes d’oie. Quand je me maquillais, ça accentuait plein de ridules et ça m’énervait. Je les ai fait corriger. Après, ç’a été des injections pour remonter mes joues tombantes…»

Pénélope prend une brève pause, comme pour s’assurer de l’exactitude de la chronologie. «C’est lorsque j’ai voulu me faire faire un sablage – une procédure où on te brûle la face – pour enlever une plaque d’acné que je me suis demandé jusqu’où j’étais prête à souffrir et à être en convalescence. J’ai alors commencé à m’interroger sur l’intensité de ma démarche. J’avais 47 ans lorsque je me suis fait injecter du Botox pour la dernière fois, mais tout ça a quand même duré 12-13 ans.»

Ce long processus d’acceptation est certes très inspirant pour la presque quadragénaire que je suis, mais je ne peux m’empêcher de creuser davantage le sujet. Quand on a mis le doigt dans l’engrenage des interventions esthétiques, comment fait-on ensuite pour le retirer sans trop de mal?

«Je vais te dire la vérité, lance Pénélope. Ça me coûtait 10 000 $ tous les deux ans, et je ne me trouvais pas plus belle quand je me regardais dans le miroir. J’étais encore capable de pointer tous mes défauts. Pour moi, ça tournait donc à vide. Si les interventions m’avaient apporté quelque chose, probablement que j’aurais continué. Avec ce que ça me coûtait de réaliser que mes paroles n’étaient pas en accord avec mes actes, ça devenait de plus en plus difficile de justifier ces injections.»

Là-dessus, elle se met à rire, façon McQuade, en me racontant qu’elle est récemment tombée sur une photo d’elle prise il y a trois ans, et qu’elle s’était trouvée belle parce que sa «peau était lisse et que tout tenait en place». «Ça ne m’a pas du tout donné envie d’y retourner [recevoir des injections], parce que je suis rendue trop loin dans ma revendication, mais la peau qui tombe, c’est la pire affaire! Je comprends et je soutiens les femmes qui continuent de faire ces choix-là, parce que crisse que ça ne regarde personne, ce qu’elles font avec leur corps!» Amen.

Et c’est sur une autre perle de sagesse, avec l’affectueux MoMo qui réapparaît dans l’image pour la énième fois, qu’on va terminer notre entretien. «C’est sûr que la radio m’a permis de me détacher de mon image, affirme Pénélope. Mais ça ne veut pas dire que je me trouve plus belle quand je me vois en photo. Ça signifie juste que l’énergie négative que je mettais sur moi avant, je veux maintenant la transformer en énergie positive à mettre sur autre chose. C’est fou l’énergie qu’on peut mettre, comme femme, à vouloir maigrir, à être la plus belle, à se comparer aux autres, à retoucher ses photos, à se crier des noms. Mais je te rassure, je n’aurais pas pu penser ce que je te dis là à 30 ou à 40 ans. C’est parce que j’ai 50 ans que je le pense. Ça vient avec plein de lâcher-prise.»

Ses actus

Pénélope est au  micro, du lundi au vendredi, de 9 h à 11 h 30 (en rediffusion à 22 h) à l’émission Pénélope, diffusée à ICI Première. Elle est aussi porte-parole de la Fondation de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal.

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Photos: Andréanne Gauthier

 



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