Au secours! Une introvertie dans un monde d’extravertis

30 Sep 2020 par Chantal Tellier
Catégories : Psycho / Véro-Article
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Le jour où j’ai découvert que j’étais introvertie, le regard que je posais sur moi a radicalement changé.

Je n’avais pas de défaut de fabrication, je n’étais pas asociale ni timide, j’étais tout simplement… moi. Et je n’étais pas la seule de ma gang. Quel soulagement!

Longtemps, j’ai eu les cheveux rouges. C’était magnifique. Pas une semaine ne passait sans que je reçoive un compliment sur ma couleur. Il faut dire que je passais mon temps au salon de coiffure pour l’entretenir. Quatre fois par mois. Yep.

À l’époque, je fréquentais aussi assidûment ma psychologue que ma coiffeuse. J’étais malheureuse. Mon chum d’alors me trouvait plate. Je me trouvais plate. J’aspirais à avoir autant de charisme que mon partenaire, qui adorait être le centre de l’attention. Il aimait l’animation, le bruit, la foule. Rien ne le rendait plus heureux que d’être entouré de gens et de faire la fête. Un vrai party animal.

Moi, je suis plutôt de type party pooper. Quand il arrive que, dans un élan d’enthousiasme démesuré, j’accepte une invitation, soit j’annule à la dernière minute malgré mon envie de voir les gens qui sont invités (oui, les introvertis aiment les gens, mais juste pas trop à la fois); soit je m’enferme dans les toilettes de mon hôte pour avoir quelques moments de quiétude; soit je me précipite sur l’animal de compagnie de la maison et je passe la soirée avec lui (qu’il s’agisse d’un chat, d’un chien, d’un lézard ou d’un lapin); soit je m’assois dans un coin et j’attends le moment de m’éclipser discrètement. Et quand je m’amuse (si, si, ça m’arrive), il me faut trois jours pour m’en remettre. Je ne suis pas sauvage. C’est juste que ces soirées bouffent mon énergie.

Mon ex-chum pratiquait plein d’activités: compétitions de danse, jeux de rôle grandeur nature (au secours!), participation à des comités, à des rassemblements de toutes sortes, etc. De mon côté, j’aime lire, écrire, regarder la télévision, flatter mes chats, faire des promenades, m’installer dans un café pour observer les gens.

On comprend qu’il commençait à tourner en rond après une journée passée à la maison. Moi, je peux rester des jours sans sortir et sans parler à personne de vive voix. En fait, j’adore passer du temps seule. C’est ce qui me permet de recharger mes batteries.

Bref, pour plein de raisons, on ne «fittait» clairement pas ensemble. Pourtant, tout ce dont je parlais à ma psy, c’était de mon désir d’être «flamboyante» (on se demande ensuite pourquoi j’avais les cheveux rouges!). Si elle m’avait dit à l’époque que j’étais introvertie et que mon chum, lui, était extraverti, j’aurais économisé à la fois sur mes séances de thérapie et mes rendez-vous chez la coiffeuse. Après ma rupture, je suis d’ailleurs redevenue brune. Je n’avais plus besoin d’essayer de briller de mille feux pour cesser de vivre dans l’ombre de mon conjoint.

 

Les introvertis représentent de 30% à 50% de la population.

Se sentir inadéquate

Je parle de mon ex parce que c’est avec lui que j’ai le plus souffert d’être introvertie. Mais j’aurais aussi pu parler de mon enfance, alors que ma mère était désespérée parce que je passais mon temps à lire au lieu d’aller jouer dehors avec les autres et que les seuls commentaires qui figuraient sur mes bulletins scolaires étaient du genre: «Chantal devrait sortir de sa coquille» ou «Chantal devrait participer davantage». Je n’étais effectivement pas celle qui levait le plus souvent la main en classe et je trouvais que les récréations étaient une perte de temps (pourquoi jouer dehors alors qu’on aurait pu passer ce temps à la bibliothèque, hein?), mais j’avais d’excellentes notes.

Ce n’était pas seulement à l’école et, plus tard, dans ma relation avec mon chum que je me sentais inadéquate. Ç’a aussi été le cas au travail. Qu’on se le dise, je hais les bureaux à aire ouverte. Je suis incapable de performer dans un lieu où tout le monde s’interpelle et où chacun peut entendre les conversations téléphoniques de ses collègues. Je suis facilement distraite dans un tel environnement. Et que dire des jeux de rôle pour briser la glace ou bâtir un esprit d’équipe? Une vraie horreur! Les activités de réseautage? Je préfère encore aller chez le dentiste. Parler de la pluie et du beau temps autour de la machine à café? Très peu pour moi.

Une réunion de brainstorming? Aïe! Présenter des idées pour un projet? Avec plaisir… mais pas dans un contexte où les gens doivent s’exprimer fort pour se faire entendre et où il faut multiplier les suggestions illico presto. Qu’on m’envoie les grandes lignes du projet et qu’on me laisse quelques jours pour y répondre… par écrit. Je suis beaucoup plus efficace comme ça.

J’ai souvent eu l’impression que je n’étais pas une joueuse d’équipe, alors que mon cerveau fonctionne juste autrement. J’ai besoin de temps pour réfléchir et j’ai besoin de calme pour écrire. À ce propos, je me souviens d’une collègue extravertie. Chaque fois qu’elle me parlait avec son débit ultrarapide, attendant une réaction de ma part dans la seconde, je figeais. Et j’avais l’air d’une simple d’esprit. Me venaient ensuite en tête plein de réponses brillantes… quatre heures plus tard. Trop tard pour elle. Beaucoup trop tard. Bref, je me sentais dépassée plutôt que stimulée.

Un autre exemple? Je déteste parler au téléphone. Ma sonnerie est toujours en mode silencieux. Si, par hasard, elle est en mode sonore et que quelqu’un m’appelle, je me dis que la personne s’est trompée de numéro. Et si, dans un moment d’égarement, je réponds et que l’appel s’adresse bien à moi, je suis sidérée qu’on ose entrer ainsi dans mon intimité sans m’avoir avisée au préalable. Mes amis le savent (oui, j’ai des amis!) et me textent avant de me téléphoner.

Vous n’êtes pas seule

Vous vous reconnaissez dans certains de ces comportements? Bienvenue chez les introvertis! Je me souviens de la première fois où je me suis rendu compte que je n’étais pas plate, mais différente. C’était en 2012, durant le visionnement de la conférence TED de Susan Cain, auteure de La force des discrets – Le pouvoir des introvertis dans un monde trop bavard. Ce fut une véritable révélation. Je m’y suis tellement reconnue! Vous dire à quel point ça m’a fait du bien de savoir que je n’étais pas anormale ni horrible, mais juste introvertie. L’introversion, ce n’est pas une pathologie! C’est un trait de personnalité qui ne se modifie pas.

On doit quand même être nombreux dans le même cas, car la conférence de Susan Cain fait partie des plus populaires de la plateforme. Les introvertis représenteraient en effet de 30 % à 50 % de la population. Cela dit, en apparence, rien ne nous distingue des extravertis. C’est dans notre façon de réagir au monde qui nous entoure que les différences apparaissent. Le problème, c’est que la société est plus adaptée aux extravertis qu’aux introvertis.

«Nos institutions les plus importantes, nos écoles et nos lieux de travail sont principalement conçus pour des gens extravertis. Une vaste majorité d’enseignants croient que l’étudiant idéal est extraverti, alors que les études démontrent que les enfants introvertis ont de meilleures notes et acquièrent plus de connaissances. Au travail, les introvertis sont systématiquement écartés des promotions», déplore la conférencière.

Défaut ou qualité?

Ça ne nous empêche pas de réussir, hein? On n’a qu’à penser à Emma Watson, à Lady Gaga, à J.K. Rowling, à Steven Spielberg et à Bill Gates, pour ne nommer que ceux-là, qui se considèrent comme introvertis. Je pourrais me retrouver en plus mauvaise compagnie…

Ce que je considérais comme des défauts, avant mon épiphanie, constitue en fait des qualités. «La capacité d’écoute, d’analyse et de réflexion, le sens de l’observation, l’empathie, tout ça comporte des avantages majeurs dans les relations avec les autres et dans le domaine du travail», énumère Julie Roussin, psychologue et professeure au Cégep du Vieux- Montréal. «Les introvertis sont très bien outillés pour établir de bonnes relations sociales, mais moins pour briller en groupe, ajoute-t-elle. Bien sûr, il ne faut pas généraliser: une personne introvertie pourrait avoir un sens de l’humour ou des répliques savoureuses qui la rendrait très appréciée dans une réunion ou un party, mais ce ne serait probablement pas celle qui parlerait le plus fort.»

«Un extraverti qui parle sans arrêt, ça peut aussi provoquer l’ennui, remarque en riant la psychologue Monique Bessette. À une certaine époque, ce qu’on valorisait, c’était le talent et le travail. Mais aujourd’hui, dans une société narcissique comme la nôtre, Marie Curie serait considérée comme une workaholic beige, qui n’a rien d’intéressant à publier sur Instagram.»

Les introvertis au pouvoir!

Est-ce pour cette raison que l’introversion semble de plus en plus revendiquée? En effet, de plus en plus d’introvertis s’assument comme tels, à commencer par Susan Cain. De nombreux livres sur le sujet ont été publiés au cours des dernières années (voir l’encadré ci-contre). Des blogues (comme Introvert, Dear; Introvert Doodles; Introverts are Awesome et Un monde pour les introvertis) se penchent aussi sur la question. Par ailleurs, de nombreuses études soulignent les forces des introvertis. La popularité du yoga, de la méditation, ainsi que le mouvement du retour à la simplicité seraient des signes éloquents de ce changement, toujours selon Susan Cain. S’agirait-il d’un juste retour du balancier?

En tout cas, ce n’est pas moi qui m’en plaindrais. L’idéal serait bien sûr que tout le monde trouve sa place dans la société, autant les introvertis que les extravertis. En attendant, si les bureaux à aire ouverte et les activités de team building pouvaient passer de mode, ce serait déjà énorme pour les gens comme nous!

Quant à moi, depuis ma «révélation» en 2012, je suis devenue travailleuse autonome, ce qui correspond davantage à ma personnalité. Je suis tombée amoureuse de quelqu’un à qui j’ai expliqué mon «mode d’emploi» avant de m’engager avec lui. Il aime autant les chats que moi, les sorties au musée en semaine (parce qu’il y a moins de monde) et les soirées tranquilles…

S’il m’arrive encore parfois de me sentir inadéquate, quel que soit le contexte, je me rappelle que je suis juste différente. Et que c’est tout à fait correct.

 

Pour en savoir plus

Introverti et heureux, de Mati Olsen Laney (Les Éditions de l’Homme).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La force des discrets, de Susan Cain (JC Lattès).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La revanche des discrets, de Sophia Dembling (Marabout Poche).

 

 

 

 

 

 

 

 

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Photo principale: Getty 

 



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