Au diable la diète!

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06 Août 2020 par Elisabeth Massicoli
Catégories : Nutrition / Santé / Véro-Article
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Alors que les adeptes du mouvement antidiète militent pour qu’on arrive – enfin! – à entretenir un rapport sain avec la nourriture et notre corps, plusieurs crient aux fake news. Quoi et qui croire? On fait le point sur cette nouvelle approche et sur

En janvier dernier, Bernard Lavallée – nutritionniste, chroniqueur et auteur connu sous le nom de «nutritionniste urbain» –, publiait sur Facebook un message rappelant qu’«en 2020, nous n’avons toujours pas trouvé une méthode de perte de poids efficace sur le long terme. […] Il n’existe AUCUNE méthode de perte de poids efficace connue à ce jour. Les études montrent que plus de 90 % des gens qui perdent du poids de façon volontaire vont le reprendre en cinq ans.» C’est donc très simple et prouvé scientifiquement: les régimes ne fonctionnent pas. Ni le keto (cétogène), ni le détox, ni l’hypocalorique, ni le jeûne intermittent, ni les cures de jus, ni le «programme de soupe au chou qui a fait perdre 50 livres à l’amie de ma cousine». Bref, les diètes sont inutiles, voire néfastes.

C’est d’abord ce principe que le mouvement antidiète met de l’avant. Bien qu’assez raisonnable, compréhensible et accessible, le message crée pourtant de vives réactions… qui ne sont pas toutes positives. Pour certains, la «pilule antirégime» semble pourtant difficile à avaler. «Il y a énormément de gens qui se sont battus toute leur vie contre leur poids, contre leur corps. Ils ont suivi quantité de régimes, de diètes. Et recevoir une information qui vient invalider toutes leurs privations, ça peut choquer, provoquer de la colère, de la tristesse. Ils se disent: “Ça fait 20, 30 ans que j’essaie de perdre du poids, et tu affirmes que je me suis privé pour rien?” C’est effectivement un constat difficile», admet Bernard Lavallée, qui a vu de telles remarques publiées sur sa page Facebook, en réaction à son message du début d’année.

«Quand on a les deux pieds dans la culture de la diète depuis longtemps, de grands moments heureux de notre vie sont liés à la perte de poids. Et c’est durant ces instants-là que les gens se sont sentis fiers, valorisés, encouragés, voire aimés, dit Caroline Huard (notre formidable collaboratrice!), devenue cuisinière végane après une carrière d’ergothérapeute en santé mentale. «Je dis “instants”, parce que la perte et le gain de poids associés aux diètes sont cycliques, précise-t-elle. Renoncer aux régimes, c’est faire le deuil de ces instants de bonheur éphémères.»

Mieux connue sous le nom de Loounie, Caroline Huard compare la culture de la diète à un partenaire toxique. «Quand on fait exactement ce qu’il veut, il nous couvre de cadeaux et de compliments, mais dès qu’on s’écarte du chemin tracé, il devient violent et nous insulte, comme la petite voix dans notre tête qui nous harcèle quand on se sent coupable d’avoir mangé tel ou tel aliment. Pour plein de raisons – parce que c’est tout ce qu’on connaît, parce qu’on manque de confiance en soi, parce que, parce que… –, il peut être difficile de sortir de cette relation. Mais quand on le fait, on retrouve notre énergie et notre plaisir.»

Un système à repenser

Sans grande surprise, la culture de la diète, encore bien présente et profondément ancrée dans toutes les sphères de la société, continue de faire des ravages en changeant légèrement sa formule pour être plus digérable à l’ère du body positivity. «Beaucoup d’initiatives de bien-être sont en fait des ramifications de la culture de la diète. L’industrie se crée une nouvelle image, parce qu’elle sait que l’incitation à la perte de poids est de plus en plus critiquée – avec raison!», dit Caroline Huard. Elle propose une question toute simple pour savoir si une pratique s’inscrit réellement dans un objectif de bien-être et non de perte de poids: «Si une quelconque activité de wellness te faisait te sentir extrêmement bien tout en te faisant gagner quelques livres, t’y adonnerais-tu quand même? Si la réponse est non, le but premier de cette activité n’est donc pas le bien-être.»

À cet égard, le nutritionniste urbain se range de son côté. «Je dénonce tous les messages qui font la promotion de la perte de poids, affirme Bernard Lavallée. Peu importe si on prétend que ce sera fait en douceur, dans le plaisir et le bien-être. L’objectif reste le même: rapetisser son corps. Avec les informations disponibles actuellement, je ne comprends pas que des professionnels de la santé continuent de marteler ce discours, peu importe la forme qu’il revêt.»

Bombardés que nous sommes de messages prodiètes, se défaire des carcans et s’affranchir des idées bien ancrées sur la perte de poids peut s’avérer plus que complexe. Dans une société intrinsèquement grossophobe, où la minceur est valorisée, encouragée et associée à l’effort, au succès et à la santé, vivre dans un corps plus gros est ardu. Faire la paix avec celui-ci l’est encore plus. C’est pourquoi Bernard Lavallée rappelle l’importance d’une approche non culpabilisante. Comme le monde dans lequel on évolue accorde encore une grande valeur au nombre de kilos indiqué sur notre pèse-personne, il est normal d’avoir du mal à arrêter de penser à notre poids… surtout s’il excède ce qui est considéré comme étant la norme.

«Le poids devrait être un non-sujet, mentionne Bernard Lavallée. On ne devrait jamais être celui ou celle qui l’aborde dans une conversation. Mais si une personne de notre entourage nous parle de sa démarche de perte de poids et nous demande notre avis, on peut, au lieu de la juger, lui poser des questions. “Pourquoi veux-tu perdre du poids?”, par exemple, est une bonne façon d’amorcer une réflexion.»

La notion de privilège, ici comme dans bien d’autres domaines, est primordiale. «C’est beaucoup plus facile de ne pas s’en faire avec son poids si on entre dans les standards et qu’on ne subit pas de discrimination grossophobe, souligne Caroline Huard. On ne peut pas pointer les individus du doigt et les faire sentir coupable de vouloir se conformer à l’idéal irréaliste avec lequel on les bombarde depuis toujours. Ce n’est pas comme ça qu’on arrivera à déconstruire la diet culture.»

Une fois notre curiosité piquée, comment commencer à déconstruire les messages prodiètes et grossophobes qui sont si profondément gravés en nous? Bernard Lavallée et Caroline Huard s’entendent pour dire que, d’abord et avant tout, un grand ménage de nos réseaux sociaux s’impose. On supprime définitivement de notre espace virtuel les comptes de fitness, de recettes détox et de coachs minceur, et on les remplace par des gens qui ont à cœur la diversité corporelle, l’amour de soi, le plaisir de manger et de bouger ou la gourmandise. Puis, évidemment, on s’informe (voir l’encadré «Des outils de poids»). Et on va chercher de l’aide.

«Si on en est à notre quarantième diète et qu’on s’est restreint toute notre vie, déconstruire nos idées reçues sur la bouffe peut être complexe et très inconfortable. Il y a vraiment intérêt à être accompagné par un professionnel pour nous aider», affirme Bernard Lavallée, qui rappelle que, comme un psy, un nutritionniste… ça se magasine! «Il y a différentes approches. Certaines nous conviendront, d’autres non.»

L’alimentation intuitive, ça mange quoi en hiver?

L’approche antidiète, ou antirégime, nous propose de penser différemment à la nourriture: ouste les règles alimentaires, le suivi des calories, la moralité associée aux aliments (qui seraient «bons» ou «mauvais») et, surtout, adieu la culpabilité!

On parle ici du plaisir de manger, de gourmandise, de cuisine et… d’alimentation intuitive. «Grosso modo, il s’agit d’une approche pour aider les gens à se sortir de la mentalité des diètes et de l’objectif de perte de poids en stoppant le contrôle, la culpabilité, les pensées obsessives et la croyance qu’il existe de bons et de mauvais aliments. Elle a comme avantage de nous faire reconnecter à notre appétit, à notre faim, à nos signaux de satiété, et de nous faire développer une meilleure relation avec notre corps. On réapprend à se faire confiance», dit Bernard Lavallée.

Selon cette approche, on peut donc manger tout ce qu’on veut, quand on veut? En un mot… oui! «Avec l’alimentation intuitive, on ne se prive de rien, on est bienveillant et on respecte son corps. On mange ce qui nous fait sentir bien! Parfois, ça peut être une salade pleine de protéines et de vitamines. À un autre moment, c’est un pot de crème glacée, explique Loounie. Nous sommes les mieux placés pour prendre les décisions qui sont bonnes pour nous, pour notre corps. Par exemple, j’adore le café, mais si j’en bois un durant l’après-midi, ça m’empêche de dormir, alors je m’en passe après le lunch. C’est ce qui est mieux pour moi.»

Bernard Lavallée ajoute qu’après s’être privé longtemps d’un aliment, on a tendance à le consommer avec excès. «Si on s’est empêché toute notre vie de manger des biscuits au chocolat, ça se peut qu’on passe au travers de la première boîte qu’on achète en une seule journée. C’est normal… et ça ne veut pas dire qu’on est accro aux biscuits! Après un certain temps, de manière générale, cette phase-là s’arrête, et on se remet à voir les biscuits comme un aliment neutre, qui n’a pas de pouvoir sur nous… et notre envie d’en manger diminue.»

À ce propos, être accompagné par un nutritionniste dans cette démarche est très pertinent. «On peut se répéter que tous les aliments sont permis, qu’on devrait manger ce qu’on veut, quand on veut et en tirer du plaisir, mais appliquer ces concepts au quotidien exige des efforts et du travail, souligne Bernard Lavallée. Les nutritionnistes sont là pour nous aider!»

Des outils de poids

On peut approfondir notre réflexion sur le mouvement antidiète grâce à de nombreux ouvrages et outils, notamment…

  • Le balado sur l’alimentation On s’appelle et on déjeune, animé par les nutritionnistes Catherine Lefebvre et Bernard Lavallée.
  • Le livre Anti-Diet – Reclaim Your Time, Money, Well-Being and Happiness Through Intuitive Eating, de Christy Harrison (Little, Brown and Company; en anglais).
  • Le blogue karinegravel.com/blogue, de la docteure en nutrition Karine Gravel.
  • Les comptes Instagram québécois @nutrition.positive et @lespiedsdanslesplats.

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