J’ai testé le cannabis médical

30 Août 2021 par Chantal Tellier
Catégories : MSN / Santé / Véro-Article
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Quelqu’un m’aurait dit qu’un jour mon revendeur de cannabis serait une pharmacie, je ne l’aurais pas cru. Il faut dire que la dernière fois que j’ai commandé du pot, les dealers fonctionnaient encore avec une Pagette...

Ces derniers temps, ce n’était pas à des fins récréatives que je voulais recourir au cannabis, mais pour un usage médical. J’avais essayé tous les médicaments pour la fibromyalgie, sans succès, et mon trouble d’anxiété généralisé prenait de plus en plus de place. Je dormais aussi très mal… quand je dormais. Et la pandémie n’arrangeait pas les choses.

Ça faisait déjà un moment que je songeais à essayer le cannabis pour mes problèmes de santé. La première fois que je me suis intéressée à son usage thérapeutique, c’était en 2016, quand la journaliste Lucie Pagé a raconté que ça lui avait littéralement sauvé la vie en réduisant les symptômes très sévères de sa ménopause. J’avais aussi fait quelques recherches, que j’ai finalement laissé tomber, parce que ce n’était pas évident du tout de se procurer du cannabis médical à cette époque.

Une ordonnance, s’il vous plaît!

Quelques années plus tard, j’en ai parlé à ma docteure, qui n’était pas contre l’idée mais qui ne voulait pas s’en occuper. Il faut dire que même si le cannabis médical est légal au Canada depuis 2001, la procédure pour en prescrire était généralement lourde jusqu’à la légalisation du cannabis à des fins récréatives, en 2018. Les médecins semblent encore peu informés sur le sujet et réticents à prescrire ce qui n’est pas considéré comme un médicament et dont ils ne connaissent pas tous les effets. De nombreuses recherches existent sur le cannabis thérapeutique, mais comme la légalisation canadienne à ce propos est récente, on n’a pas encore réalisé beaucoup d’études cliniques.

Dans ce contexte, que faire? Me procurer de l’huile de CBD à la Société québécoise de cannabis (SQDC)? Je ne sais pas si vous êtes déjà allé faire un tour sur le site Web, mais ça donne le tournis. Indica, Sativa, hybride? THC, CBD ou un mélange des deux? Et là, je n’ai même pas parlé des différents terpènes, qui confèrent au cannabis sa saveur et son arôme. Comment faire le bon choix parmi tous les produits? Disons que ça ressemble plus à la SAQ qu’à une pharmacie! Je me suis donc tournée vers une clinique spécialisée. Tant qu’à utiliser le cannabis à des fins thérapeutiques, aussi bien consulter un professionnel de la santé!

Comment ça se passe?

Ma médecin ayant accepté de me donner une recommandation, j’ai rapidement pu obtenir un rendez-vous en clinique. Si vous n’êtes pas en mesure d’obtenir une recommandation de votre médecin de famille, vous pouvez quand même remplir un formulaire de requête dans une clinique. Le processus sera cependant un peu plus long. Heureusement, avec l’avènement de la télémédecine, la plupart des cliniques sont accessibles partout au Québec.

«On voit environ 200 patients par mois», estime Andrée Charbonneau, infirmière coordonnatrice à la clinique Santé Cannabis, qui a vu le jour en 2014. «La majorité de nos patients ont plus de 50 ans et sont ici pour soulager des douleurs chroniques, dit-elle. Ils ont essayé plusieurs choses avant de se tourner vers le cannabis médical. Ils cherchent une nouvelle solution avec des professionnels de la santé qui peuvent les aider dans leur démarche.» J’étais rendue là, moi aussi.

Le cannabis doit son efficacité à deux composés principaux: le cannabidiol (CBD), reconnu entre autres pour ses effets antidouleurs, anti-inflammatoires et anxiolytiques, et le tétrahydrocannabinol (THC), qui entraîne des changements de l’humeur et de l’état mental. Les concentrations de THC et de CBD sont déterminées par le médecin et modulées selon les patients. Généralement, le cannabis médical contient un ratio plus élevé en CBD.

Ma première rencontre avec l’infirmière de la clinique a duré une heure et demie. Elle a pris soin de cerner mes besoins et de gérer mes attentes (on ne promet pas de guérison miraculeuse!), elle m’a expliqué comment le cannabis agissait et a répondu à toutes mes questions. À la fin, elle m’a proposé un protocole (quoi prendre et quand, à quel dosage et à quelle fréquence, etc.) et un médecin de la clinique l’a approuvé. Après mon bref entretien avec lui, il a rédigé une ordonnance et l’a envoyée à un producteur autorisé. J’ai alors créé un compte sur le site du producteur et j’ai pu passer une commande quelques jours plus tard.

De drôles de «médicaments»

Non, il n’y a pas de «joints sur ordonnance», ce qui se fume étant mauvais pour la santé. En fait, le cannabis médical se présente sous plusieurs formes: fleurs séchées, huile à ingérer, onguents, poudres qu’on peut incorporer à la nourriture ou à une boisson (pas dans le vin, là, plutôt dans une tisane, hein!), etc. Pour ma part, j’avais de l’huile de CBD à prendre deux fois par jour, et une huile combinant CBD et THC à ingérer avant le dodo. Comme l’huile peut mettre jusqu’à deux heures avant d’agir, j’avais aussi des fleurs séchées à inhaler en cas de douleurs aiguës, car leur effet se produit en moins de 15 minutes.

Les huiles sont présentées dans de petites bouteilles en verre ou en plastique munies d’un compte-gouttes ou accompagnées d’une petite seringue pour mesurer les doses. Comme les effets du cannabis varient grandement d’une personne à l’autre, il faut parfois être très patient pour trouver la dose exacte qui nous convient. Mieux vaut y aller doucement, histoire de prévenir les effets secondaires attribués au THC, comme la paranoïa, l’anxiété, et… euh, une certaine euphorie. À cet égard, comme les bouteilles se ressemblent beaucoup, assurez-vous de prendre la bonne, hein? Sinon, vous pourriez vous retrouver dans un état d’allégresse un peu suspect en plein après-midi, durant une importante réunion sur Zoom. Ou encore vous interroger intensivement sur le sens de la vie en prenant votre bain… qui durera quatre heures (!), tout ça parce que vous vous êtes trompée de bouteille. Vous voilà prévenue.

En ce qui concerne les fleurs séchées, je me suis procuré un vaporisateur portatif, qui chauffe le cannabis sans entraîner sa combustion, contrairement à ce qui se passe quand on le fume. J’étais tellement excitée quand je l’ai reçu! J’avais l’impression de déballer un iPhone tellement le bidule est high-tech. J’ai passé une petite heure à regarder des tutos sur YouTube pour être certaine de m’en servir comme il faut. Ce que j’ai aimé? L’objet est discret et l’odeur du cannabis est beaucoup moins présente que lorsqu’on le fume, ce qui m’évite de faire brûler de l’encens en même temps que j’inhale mes fleurs (vieux réflexe de fille qui fumait du pot quand c’était illégal), sans compter que c’est pas mal plus doux pour la gorge.

Ça marche ou pas?

J’ai consommé du cannabis médical pendant quatre mois, en suivant scrupuleusement le protocole qu’on m’avait concocté et qui a été ajusté à la hausse en cours de route. J’ai d’ailleurs eu un très bon suivi de la clinique. Mais j’ai dû me rendre à l’évidence que ça ne fonctionnait pas pour moi. Cela dit, j’étais bien consciente qu’il s’agit d’un outil de plus pour gérer la douleur, pas d’une potion magique. Aurais-je pu obtenir de meilleurs résultats si j’avais encore augmenté les doses? Peut-être. Mais le cannabis médical coûte cher et n’est pas couvert par la RAMQ.

Bien sûr, j’aurais pu décider d’en cultiver moi-même. C’est ce qu’a fait Lili Marchand, une gestionnaire de site Internet, après avoir reçu un diagnostic de sclérose en plaques: «Le cannabis soulage mes douleurs, dit-elle, mais j’ai dû commander des semences pour en faire pousser, autrement ça me coûterait plus de 250 $ par mois!» De mon côté, comme je n’arrive même pas à faire pousser de l’herbe à chat, ce n’était clairement pas une option pour moi. Je prends donc une petite pause avant d’envisager la suite des choses.

Je continuerai tout de même à… euh, m’interroger sur le sens de la vie dans mon bain. Le cannabis ne soulage peut-être pas mes douleurs ni mes insomnies, mais il m’aide à connecter avec mon corps. Pour une cérébrale comme moi, ce n’est quand même pas rien!

Pourquoi choisir le cannabis médical?

  1. On a droit à un suivi médical avec un professionnel de la santé.
  2. On peut cultiver notre propre cannabis.
  3. Les produits sont en général toujours offerts.
  4. Le cannabis médical est couvert par certaines compagnies d’assurances ou offert à des prix de compassion (rabais pour les patients à faible revenu) chez certains producteurs autorisés.
  5. Il est admissible au crédit d’impôt pour frais médicaux sous certaines conditions.

Des fleurs ma chère

C’est après avoir essayé le cannabis médical pour réduire ses insomnies et avoir obtenu un résultat spectaculaire que Karine Cyr a décidé de fonder le groupe Des fleurs ma chère sur divers réseaux sociaux, où plus de 2000 membres échangent à propos de leur expérience à ce sujet. Karine y diffuse aussi les billets de blogue qu’elle publie sur le site du même nom. Une vraie mine de renseignements et une source d’entraide précieuse!

Photos: Stocksy

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