Un an de vie sous le signe de la pandémie

12 Mar 2021 par Ariane Arpin-Delorme
Catégories : MSN / Santé
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Déjà un an que nos vies ont pris un tournant inattendu. L'heure du bilan est arrivée. Voyons comment la pandémie a chamboulé tous les aspects de notre existence. Tous dans la même tempête, mais pas dans le même bateau!

Les leçons de vie qu’on doit en tirer

Notre vulnérabilité. La pandémie actuelle n’est pas la première. Sans remonter à la grande peste du Moyen-Âge, les épidémies comme celle du H1N1 ou de l’Ebola auraient dû établir des réflexes de saine gestion du bien-être commun. Comment nous sommes-nous retrouvés en mars 2020 à manquer d’équipements de protection individuelle (EPI) et à ne pas avoir maintenu une capacité de production minimale en dormance de vaccins? Chaque génération devrait savoir piger dans l’information éclairée que l’histoire leur apporte.

Notre interdépendance, déjà connue, mais réaffirmée de façon spectaculaire. Nous ne serons à l’abri de ce virus qu’au moment où tout un chacun des habitants de cette planète le sera.

Notre conception du bonheur. Le bonheur est simple et se trouve dans les petites choses au quotidien et non les biens matériels. Les plus beaux moments sont souvent partagés avec nos proches ou même au gré de conversations avec un «étranger dans le train».

S’unir les uns les autres. Les efforts collectifs peuvent porter fruit, mais il faut s’y mettre en équipe. Et cela devrait servir autant pour la distribution du vaccin que pour d’autres enjeux, tels les changements climatiques.

L’importance d’être autonome, financièrement – pour parer à toutes éventualités – et même devenir autosuffisant en cuisinant à partir de rien et en jardinant.

Le modèle actuel n’est pas durable. Notre société repose beaucoup trop sur la surconsommation de biens dont nous n’avons nullement besoin.

La culture du héros a changé. Il serait maintenant inconcevable de se présenter au travail tout en étant malade. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, aller au travail même mal en point représentait presque un acte de bravoure. La redéfinition de nos héros va aussi dans le sens d’enfin valoriser le corps médical à sa juste valeur.

 

Les coups durs reçus

Les décès et les adieux manqués. On ne peut passer sous silence ces vies qui ont été arrachées par la Covid-19 et les adieux qui n’ont pas pu être faits.

La perte de repère. La disparition de tout point d’ancrage et même celle du sens attaché à ce l’on fait s’est fait ressentir du jour au lendemain.

La liberté brimée. Rester plus ou moins stationnaire et être privé de sa liberté de mouvement, luxe que nous tenions pour acquis.

L’impossibilité de voyager. Découvrir le monde n’est bien sûr pas une priorité. Mais il faut tout de même considérer que pour plusieurs individus au mode de vie nomade, cette sédentarité a changé complètement leur vie. Et que dire de tous ces expatriés qui soudainement ne peuvent plus retrouver leurs proches, inquiets de leur condition, de ces amoureux à distance, ou bien de ces familles géographiquement séparées, suivant le travail au gré des saisons?

La disparition du toucher. Le manque de contact physique avec la famille, les câlins des amis et l’énergie transmise dans les accolades des collègues ressortent par tous. «C’est assurément le manque de l’autre qui s’est fait ressentir le plus chez les gens cette année. Jamais nous n’aurions cru que la chaleur humaine nous serait un jour enlevée et dans une période de crise comme celle-ci. C’est au fond ce dont nous aurions eu le plus besoin», partage Sarah-Émilie Nault, journaliste. Pour les célibataires et les gens sans enfant, ces gestes représentent aussi une forme de ressourcement positif qui a disparu en un claquement de doigts. De plus, ce sentiment de devoir toujours être un peu sur le «qui-vive» sans arrêt et de garder ses distances pèse, encore plus lorsque le toucher est un trait culturel.

La solitude des personnes vivant seules, surtout dans la maladie, a amené des moments de vide profond. Ce ne sont pas non plus tous les célibataires à la recherche de partenaires de vie qui adhèrent aux rencontres virtuelles et aux applications de rencontre.

L’isolement des proches. Difficile d’être spectateur des étapes marquantes de la vie de ses proches (mariage, anniversaire, naissance) sans pouvoir y prendre part. Accepter de voir ses enfants et petits-enfants évoluer à distance, sans pouvoir complètement les rassurer, a amené un pincement au cœur pour tous parents et grands-parents.

Le bien des autres. Chapeau non seulement au personnel hospitalier, mais à tous les aidants naturels qui se sont oubliés davantage afin de penser à chaque geste posé pour le bien de l’autre.

Le bien de soi. «On reçoit davantage d’appels de détresse depuis la fin de 2020: problématiques en santé mentale, violence conjugale, etc.. En confinement, il devient encore plus difficile de «s’enfuir» au travail ou à l’école. Malgré que les paramédicaux tiennent toujours le coup, on peut s’imaginer qu’ils commencent à être  essoufflés. Eux non plus, n’ont pas beaucoup d’échappatoires», mentionne la superviseure de gestionnaires d’équipes de paramédicaux pour l’île de Montréal et Laval, Chantale Massé.

Les pertes d’emploi et les défis financiers. Des milliers d’entreprises ont dû fermer leurs portes pour une durée indéterminée ou se restructurer pour prioriser le travail à l’interne, mettant à la rue autant de travailleurs salariés et autonomes. Sans négliger l’aide gouvernementale et les programmes mis en place rapidement, perdre un travail que l’on aime profondément ou pour lequel on a travaillé si fort ou encore plus, qui permet de nourrir sa famille a amené des conséquences économiques qui restent et pour lesquelles nous ne pouvons encore calculer l’ampleur.

La détresse des personnes âgées. Que de tristesse pour une situation inacceptable pour laquelle nous étions pourtant tous au courant. Le Québec est la province canadienne qui compte le plus d’aînés en hébergement publics. Nous ne pouvons plus balayer sous le tapis leurs conditions de vie.

La fragilité de la santé mentale. Vivre un jour à la fois – même une heure à la fois – n’aura jamais été aussi de mise. Quand tout semble s’écrouler autour de nous et qu’en plus les réseaux sociaux nous bombardent qu’il faudrait aussi gérer son confinement de façon à être plus performant, il y a de quoi perdre la boule. «Certains ont eu du mal à garder le moral et à pivoter de l’ombre à la lumière, comme on l’enseigne en psychologie positive. Dans toute traversée, aussi difficile qu’elle soit, il y a du positif. Il en va de notre responsabilité de le percevoir. Pour reprendre la phrase populaire, je dirais: «Ça peut bien aller». Ça dépend de nous!», mentionne Christine Michaud, autrice, conférencière et diplômée au certificat en psychologie positive.

Notre système de valeur mis à l’épreuve. Que l’on soit d’accord ou non, il reste que plusieurs choix impossibles ont dû être pris par nos gouvernements. Des restrictions soudaines ont fait réagir plusieurs personnes et certains traits de personnalité plutôt négatifs ont fait surface. Certaines personnes ont senti le besoin de prendre leurs distances de proches ou de connaissances avec qui elles ne partageaient plus les mêmes valeurs. D’autres ont trouvé difficile de faire valoir leur point de vue. Que l’on se montre coopératif ou non aux enjeux collectifs, le civisme s’est perdu quelque part dans la toile du web.

Nos étudiants démotivés: Nous ne pouvons que saluer la résilience des enfants et adolescents qui ont été coupés de leur milieu social à un moment de leur vie où l’intégration au sein d’un groupe est primordiale.

Révéler le beau

La résilience. Plusieurs entreprises ont fait la démonstration de leur capacité à s’adapter à la situation ou même à en bénéficier. D’autres individus ont vu en la perte de leur emploi l’occasion de retourner sur les bancs d’école «virtuels» afin d’élargir leurs horizons.

Revoir ses priorités. «Je crois que plusieurs personnes se laissaient un peu porter par la vie sans trop prendre le temps de se questionner. La pandémie est venue avec beaucoup de temps pour réfléchir et faire de l’introspection. De nombreuses personnes ont profité de ce moment pour s’interroger sur le sens de leur vie, de ce qui les rendait véritablement heureux et ce à quoi ils aspiraient vraiment», dit Sarah-Émilie, journaliste.

Économiser, en dépensant moins dans les activités sociales et extérieures, incarne une belle façon de voir le verre à moitié plein dans toute cette pandémie.

Vivre en symbiose avec la nature. Même pour les citadins durs à cuire, la possibilité du confort d’une maison avec jardin ou d’un chalet près du lac aura été salvatrice. Il aura fallu compenser la facilité et l’excitation d’une vie urbaine comme on la connaissait par la redécouverte des joies de la nature et de la faune, maintenant devenue un besoin viscéral.

Renouer avec ses passions. Se remettre à la musique, expérimenter en cuisine, bricoler, rénover, dessiner, ou apprendre une nouvelle langue. Enfin faire des choses que l’on n’aurait jamais osé faire, principalement par manque de temps.

Bouger plus. Que ce soit s’entraîner à la maison ou découvrir une nouvelle activité de plein air, comme le vélo ou le ski de fond.

Passer du temps en famille. Ce confinement a été comme un cadeau du ciel pour de nombreuses bulles familiales. Voir grandir davantage ses enfants et passer du temps de qualité en leur compagnie n’a pas de prix.

Changer son rapport au travail. De pouvoir devenir indépendant de son emplacement et de ses conditions de travail a été bénéfique pour plusieurs apportant une plus grande liberté sur la planification de son horaire.

Apprendre à connaître ses voisins et découvrir son quartier. Même au sein des familles, les relations se sont réinventées.

 

Apprentissages en cours de route

Apprendre sur soi-même. Être le changement et agir, voilà une chance inouïe de regarder à l’intérieur de soi.

Élan de solidarité. De nombreux gestes d’altruisme ont été posés dans la dernière année.

Enfin accomplir ce que l’on souhaite dans la vie. Prendre connaissance que l’on perd souvent trop de temps à réaliser les projets des autres au lieu des siens. La vraie vie ne réside pas nécessairement dans le travail. «J’ai vu beaucoup d’authenticité, de vulnérabilité et d’humilité. On a appris l’importance de la vérité : de la voir, de se la dire, d’agir selon ces constats surtout. Plusieurs m’ont partagé leurs angoisses, leurs peurs et leurs doutes. D’autres ont ressenti l’urgence de prendre leur vie en mains, de se réaligner pour être davantage sur leur X comme on dit», dit Christine Michaud.

Nous sommes sans aucun doute des créatures sociales. Nous avons tous appris que nous avions besoin du contact avec les autres pour être heureux et en santé.

Éloge de la lenteur. Accepter de ne pas être constamment productif, de prendre le temps de respirer et de parfois remettre à demain une tâche qui est plus difficile dans le moment présent, surtout en lien avec le travail. Arrêter tout doucement de courir, pour enfin marcher.

 

À retenir pour une société meilleure

Tolérance. Plus compassion et d’ouverture. Que l’on arrête de juger les actions des autres et que l’on essaie de comprendre leur point de vue plutôt que de leur lancer des roches.

Adopter la bienveillance envers soi, en s’écoutant davantage. Pour apporter à l’autre, il faut d’abord travailler sur la meilleure version de soi et en prendre soin.

Jouer dehors en pratiquant des sports et activités de plein air. Ce qui ne peut qu’amener une plus grande conscientisation de la nature environnante et un répit pour le mental.

Télétravailler, ça fonctionne. Et quel beau moyen de retrouver un certain équilibre de vie, en diminuant la perte de temps et le stress engendrés par les déplacements.

Croire en la grandeur de l’être humain et sa capacité de transformation à partir d’obstacles provenant de l’extérieur. «Il y a un deuil à faire en lien avec ce que nous connaissions et toute une adaptation à amorcer pour tirer le meilleur de cette étape dans notre histoire de société. Certaines personnes se sont épanouies dans leur spiritualité, avec une réalisation concrète du caractère impermanent de la vie, qui donne aux événements banals du quotidien un nouveau relief d’importance.», selon Maud Japhet, thérapeute.

Reconnaître à sa juste valeur les professions des services essentiels, des travailleurs de la santé, de ceux de l’éducation et des chercheurs scientifiques.

Encourager l’achat local et se satisfaire de moins. Sans omettre d’opérer une meilleure gestion alimentaire, en pleine conscience.

Opter pour moins de polarisation. «Je souhaite une société moins dans l’égo, mais davantage dans le coeur. Devenons collectivement adultes, responsables, aimants, résilients et ouverts pour le beau, le vrai et le bon. Ce qui me fait penser à cette magnifique citation d’Anatole France: C’est en croyant aux roses qu’on les fait éclore», partage Christine Michaud, autrice, conférencière et diplômée au certificat en psychologie positive.

Prioriser les relations humaines. Malgré cette improbable situation d’isolement, des liens d’amitié avec de nouveaux collègues ou d’anciens camarades de classe se sont tissés. «L’homme est un être social qui a besoin du contact avec les autres pour s’épanouir. Je pense que nous allons, à jamais, chérir tout cela», dit Sarah-Émilie Nault, journaliste.

Conserver une bonne hygiène sanitaire. Tout en constatant la fragilité de notre système de santé.

Ne pas oublier nos aînés. Donner la voix à ceux qui en ont moins. Prendre soin des aînés au quotidien. Leur donner le goût de vivre à leur façon. Tous devraient continuer à s’occuper de ses parents pour la dernière partie de leur vie.

 

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Photo principale : Lu Amaral Unsplash



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  1. Marie Chantal dit :

    Bravo très beau résumé de la pandémie et merci beaucoup pour les idées à savoir comment nous aider à surmonter toutes les difficultés qui viennent avec cette si terrible période de nos vies .Ce fut très apprécié.

  2. Samantha dit :

    Il y a tellement de perspicacité ici. Magnifique article.

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