«J’ai traversé la Gaspésie à pied»

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14 Août 2019 par Maude Goyer
Catégories : Véro-Article / Voyage
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L’an dernier, j’ai plongé dans une aventure folle et intense: la traversée de la Gaspésie à pied, soit plus de 100 kilomètres de sentiers à parcourir en 6 jours, en compagnie de 200 participants.

J’ai réussi et je m’en suis sortie… presque indemne. Récit des aventures d’une maman peu préparée, mais très enthousiaste.

L’invitation est arrivée à la dernière minute. «Viens-tu? T’es capable!» Au bout du fil, Geneviève Lefebvre, triathlète, marathonienne, auteure, journaliste et habituée des Traversées de la Gaspésie (TDLG) est aussi convaincue que convaincante. J’hésite. Sans être mauvaise, ma forme physique n’est pas au top. De nature peu sportive, je me «force» à bouger depuis quelques années (bonjour, crise de la quarantaine!): course à pied, aérobie, yoga et marche sont mes activités de prédilection. De la randonnée pédestre? Bah, une ou deux fois l’an ces 10 dernières années, soit depuis l’arrivée des enfants, sans plus.

Le programme me semble ambitieux, mais le projet me tente. Et puis, à quand remonte le dernier congé pris juste pour moi? Bon allez, je fonce. Ce qu’il me manque en préparation, je l’ai en volonté et en enthousiasme! «C’est à moi, de moi» que je lance, toute pimpante, à mes deux fripons de 11 et 9 ans, perplexes de voir que je me pousse sans eux en Gaspésie pendant sept jours.

C’est la veille du départ, en entassant un couteau suisse, un sifflet, une lampe frontale et des guêtres (des articles dont j’ignorais l’exacte utilité) dans mon énorme sac à dos qu’un doute m’envahit: mais à quoi donc ai-je pensé?

Un accueil très chaleureux

Je suis débarquée en Gaspésie par un frisquet samedi de septembre, affichant mon plus beau sourire et un air triomphant, mais morte de trouille et abattue par en dedans. Claudine Roy, grande manitou des TDLG, m’a accueillie avec chaleur: «Bonjour, mon amour!» Je me suis demandé si elle s’adressait vraiment à moi. J’apprendrai au fil des jours qu’en Gaspésie, les visiteurs sont des amis et que durant la TDLG, les randonneurs sont rois. C’est un euphémisme de dire que Claudine et son équipe (une trentaine de bénévoles) sont accueillants, sympathiques et avenants: ils incarnent le summum de l’hospitalité, de la gentillesse et de l’authenticité.

Regaillardie par la bonne humeur ambiante, j’attaque ma première journée de randonnée (ascension du Mont Saint-Joseph, 17,1 km) avec l’énergie d’une (candide) néophyte: je marche vite, je parle à tout le monde, je ne porte plus à terre! Sur le parcours balisé, je vole d’un vallon à un sommet, d’une clairière à une butte, poussant des «oh!» et des «ah!» devant les splendeurs du paysage gaspésien. «C’est ma première fois en Gaspésie! Je n’en reviens pas!» que je répète inlassablement à mes acolytes en évoquant la beauté des lieux. Plusieurs randonneurs sont des habitués des TDLG: ils chaussent leurs skis de fond ou leurs raquettes pour la TDLG d’hiver (dont c’était la 17e édition en février dernier) et ils aiment revenir à la TDLG d’automne (dont ce sera la 6e édition en septembre).

Plateforme-du-géoparc-de-Percé

Plateforme du géoparc de Percé

 

Un sentiment de liberté

Sur les sentiers escarpés, j’ai droit à des pauses collation et des… shooters! Car la TDLG, c’est une formidable fenêtre pour les artisans et les producteurs des environs: en tout, 25 produits du terroir sont présentés aux participants. Je reprends donc mon souffle entre deux gorgées de Radoune, un gin local aromatisé, en jasant avec les randonneurs autour de moi.

Je croise des gens de tous les âges et de partout au Québec… mais surtout des femmes. Selon les organisateurs, elles composent 75 % des participants. Et parmi elles, il y a plusieurs mères de jeunes enfants. «Je suis venue ici parce que j’avais envie d’une pause, je voulais ne penser à rien, souligne Sandra, une ingénieure forestière de 36 ans, mère de deux enfants de 7 et 5 ans. Je me laisse porter et gérer par l’organisation et j’adore ça!» Elle éclate de rire. À ses côtés, Chantal confie qu’elle en est à sa première sortie en solo depuis la naissance de ses trois enfants, aujourd’hui âgés de 6, 4 et 2 ans: «Mon conjoint a dû partir en Belgique 10 jours pour le boulot, explique cette ergothérapeute de Neuville. Je me suis dit: “Pourquoi je ne m’accorderais pas cette liberté, moi aussi?”» C’est d’ailleurs ce qu’elle retient de son expérience ici: du plaisir, de la légèreté et un grand sentiment de liberté.

Plus loin, Julie, 43 ans, mère de trois enfants âgés de 8 à 2 ans, gambade littéralement dans les sentiers. Elle tient les mêmes propos: «Fallait que je parte de la maison, que je m’éloigne de la routine, sinon, j’allais exploser!» dit-elle. Entraîneuse et massothérapeute dans les Laurentides, elle avoue avoir préparé tous les lunchs et tous les soupers de son clan avant son départ… «Je sais que ça peut paraître excessif, glisse-t-elle sans ralentir le pas, mais ma vie est excessive.»

Carleton-sur-mer

Carleton-sur-Mer

Méchant beau défi!

Pour les amoureux de défis physiques, comme Julie, qui veulent se surpasser, la TDLG est tout indiquée. Un petit groupe pousse l’audace jusqu’à faire la traversée à la course! Six femmes, dont Lucette, 63 ans, qui ne se connaissaient pas avant de débarquer en Gaspésie, décident de courir ensemble. «On a vraiment développé une belle amitié, se remémore Anne Gaëlle, une trifluvienne de 31 ans. Le dernier jour, on a couru en se tenant par la main et en chantant. On a même pleuré en se quittant!»

À 38 ans, Kim, coach de spinning, se considère «pas mal en forme» mais, malgré ses entraînements réguliers, elle affirme que «la TDLG est un beau défi, surtout avec la fatigue et les petits bobos qui s’accumulent».

Ah oui, parlons-en des bobos! Qui dit plusieurs jours consécutifs de randonnée dit aussi ampoules. Je l’apprends assez vite merci: une ampoule gigantesque, curieusement située sous l’ongle de mon gros orteil, ralentit mes ardeurs… jusqu’à m’arrêter complètement au troisième jour, en route vers le Bourg de Pabos. Heureusement, l’équipe de soins de la TDLG (dont une infirmière, deux physiothérapeutes, un massothérapeute et un coach de cardio plein air) me prend en charge, me soigne et me bichonne. J’en profite pour choisir les parcours dits «contemplatifs», parce que plus courts et moins exigeants, durant les jours suivants. Bah, il y a pire que d’aller voir les fous de Bassan au Parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé.

Au bout du compte, je suis rentrée à la maison guérie – et je ne parle pas que de mon orteil: la traversée m’a prouvé que le contact humain est ce qui me nourrit le plus en ce bas monde… que ce soit en Gaspésie ou chez moi, sous mon toit.

Photos: ricochetdesign.qc.ca

Bon à savoir

La TDLG à bottine 2019 aura lieu du 21 au 28 septembre. La période d’inscriptions est ouverte depuis la mi-mars. La TDLG d’hiver se déroulera du 22 au 29 février 2020 et les inscriptions débutent le 7 octobre prochain. tdlg.qc.ca

TDLG 2018

JOUR 1

Mont Saint- Joseph (17,1 km)

Parc national de Miguasha (3,5 km)

JOUR 2

Mont Carleton (15,3 km)

Barachois de Carleton (5,1 km)

JOUR 3

Newport – Bourg de Pabos (20,7 km)

Bourg de Pabos (6,1 km)

JOUR 4

Géoparc de Percé (14,5 km)

Parc national de l’Île-Bonaventure- et-du-Rocher-Percé (9,4 km)

JOUR 5

Bord de mer à Barachois (21,7 km)

Barachois (6 km)

JOUR 6

Le tour du Bout du monde (22,2 km)

Bout du monde (8 km)



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